vendredi 13 octobre 2017

"Fragile ma non troppo" à l'usine théâtre de Mazères sur Salat (31)

Bonjour, 
  
L'usine Théâtre accueille la Compagnie "Les Êtr'anges"
et vous invite
le vendredi 20 et le samedi 21 octobre à 20h30
aux représentations de sa dernière création: 
"Fr agile ma non troppo"
 
 
 
 
FR AGILE, MA NON TROPPO est la mise en scène d'une question : comment faire pour nous comprendre ?
Au sein du présent des instantanés surgissent : un télescopage de toutes ces informations sonores visuelles sensorielles qui nous assaillent.
On naît, on meurt et par étape se croisent des événements par lesquels nous tentons de construire un sens, d'unir l'histoire à l'intérieur du cadre. Un rien inconnu, proche et secret d'où sans cesse fuient les certitudes.
FR AGILE, MA NON TROPPO est en quelque sorte une cartographie, chaque instant dépend de celui d'avant, tout cela ne tient qu'à nous, fragment d'humanité et pourtant tout, nous même.
 
mise en scène, Françoise Robe
interprètes, Vincent Berrier, Josette Desjobert, Sabine Facchin, Adrien Louis Morel Perche, Boris Pomier et une voix.
 
 
Entrée Tarif unique: 10€
Merci de bien vouloir réserver en réponse à ce mail ou par téléphone auprès de Françoise Robe au  06 07 10 75 86
Et pour plus d'information sur la compagnie "Les Êtr'anges" c'est ici!
 
Au plaisir de vous accueillir,
 
Bien à vous, 
 
Délia Sartor
 

jeudi 12 octobre 2017

BAZAR AU BAZACLE : Le Printemps des luttes à Toulouse


Mister Freeze : La plus grande exposition de street art de France

Source : Aparté

Plus de 10 000 mètres carrés de graff, des murals de 7m de haut et 50 artistes internationaux, c’est ce que représente la plus grande expo street-art de France, Mister Freeze. Vitrine de l’art urbain, l’exposition se terminera dimanche 8 octobre.




Première étape de l’exposition à l’espace Cobalt – Photographie : Eva Battut, Aparté.com

Quand nous arrivons sur l’ancienne zone industrielle, transformée en paradis du graff, Reso nous accueille. Il est accompagné d’enfants en situation de handicap à qui il fait la visite. « Pour nous, c’est important d’ouvrir le street art à tous, et pas seulement à un public de galerie qui viendrait juste pour acheter » , nous confie-t-il devant les yeux pétillants des enfants, visiblement heureux de leur venue.

« C’est important d’ouvrir le street art à tous, et gratuitement »

Ce toulousain, nom incontournable de la scène graffiti, est un des membres fondateurs de Mister Freeze, créé il y a cinq ans. Son dada, c’est la peinture sur bois découpé. Il affectionne particulièrement les zooms : suites de murals agrandis au fur et à mesure que l’œil se déplace.


Reso pose avec l’une de ses œuvres réalisées pour l’exposition – Photographie : Eva Battut, Aparté.com

Mister Freeze, kézako ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas un pseudo mais bien un symbole. « La première édition s’est déroulée dans un squat artistique de Launaguet, aujourd’hui rebaptisé Le Frigo. Dans ce squat où les artistes toulousains avaient l’habitude de développer leur créativité, il y avait un frigo industriel de stockage géant. L’idée est alors venue de créer une exposition à l’intérieur de ce frigo. C’est devenu notre symbole de fraîcheur, ce qui nous réunit tous maintenant » confie Reso. De là est née l’idée de réunir des artistes internationaux dans un espace plus grand, l’Espace Cobalt, afin de leur donner la liberté de créer dans une optique d’ouverture à un plus grand public.

« Le frigo est devenu notre symbole de fraîcheur qui nous représente et nous réunit aujourd’hui »

Cette année, une immense zone Off a été créé à côté de l’Espace Cobalt et a été recouverte de graff en seulement 10 jours. « La plus grande difficulté était de mêler à ces immenses murals des œuvres plus petites » explique Reso. Amener le monumental à Mister Freeze, c’est son initiative. Photographies, hyper-réalisme, abstraction, cubisme, calligraphie, pochoirs, installations : la variété est de mise cette année. En entrant dans la zone Off, l’immensité de certaines œuvres et la diversité des styles est frappante.

« Une réalisation collective »

« On a choisi des gens qui correspondent à notre état d’esprit. L’objectif est que les gens ressentent ce qu’on a ressenti avec le graffiti. On voulait que le graffiti soit tout public comme il l’est par nature, sur des murs, sur des toiles. Tout cela sans valoriser un artiste unique« , note Reso. Il ajoute : « on est sur quelque chose de collectif. La réalisation est collective, c’est un moment de rencontre qui crée des échanges et une force. On est beaucoup plus réactifs, on a envie de s’entraider quand on crée ensemble ».

« À chaque coin de rue on peut découvrir un graff. Il peut être d’un artiste reconnu comme d’un inconnu. Le lendemain, on repasse, il n’y sera peut-être plus. C’est ça le graffiti, c’est éphémère et anonyme »

Tout au long de l’expo, l’objectif est de ressentir les valeurs de l’univers graff, notamment son aspect éphémère et anonyme. D’après Reso, toutes ces œuvres resteront seulement gravées dans la mémoire des gens par le biais de leur œil ou de leur appareil photo.
Toute la programmation


mercredi 20 septembre 2017

Le 21 septembre, tous et toutes mobiliséEs contre les ordonnances de la loi travail !!!

Les projets d'ordonnances de la loi travail XXL : la « libération » pour les patrons, la soupe à la grimace pour les salarié-es !

Le contenu des 5 projets d'ordonnances a été dévoilé le 31 août dernier… Ces textes devraient être adoptés le 21 septembre prochain en conseil des ministres.

Voici leurs principaux contenus… et leurs conséquences néfastes pour les salarié-es :
- Inversion de la hiérarchie des normes : au service de la flexi-précarité !
- La Négociation collective… dans les mains des employeurs !
- Les moyens de se « débarrasser »des salarié-es sont facilités
- Les recours des salarié-es deviennent peau de chagrin
- La fusion des instances représentatives du personnel : prendre la défense des salarié-es… mais pas trop !

Toutes et tous mobilisé-es, dans nos entreprises, nos services, dans la rue !

Ensemble, manifestons le 21 septembre dans le Lot

CAHORS : rassemblement 13 h place Mitterrand,
départ manifestation à 14 h.
BIARS SUR CÈRE : 17 h 30 Rassemblement place de la mairie




lundi 18 septembre 2017

Portugal : un redressement économique et Social qui prend Bruxelles à contre-pied

Source : TV 5 Monde

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 
Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 
(Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)

Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?


Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour "déficit excessif" contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n'était pas soumise à la même pression, alors qu'elle n'avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s'est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s'est engagée à atteindre... 2,8%. L'Espagne est encore à 4,5%.

Mais l'économie portugaise n'a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à "assouplir" les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C'est même l'inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l'irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne.

> Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles​

Mesures socio-économiques

Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du "Bloco de esquerda", le bloc de gauche (gauche radicale).

>Ni austérité, ni populisme : le Portugal suit sa voie de gauche

Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n'avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.

Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : "La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs."

Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d'achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d'infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n'a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.

Politique anti-austéritaire de relance par la demande

Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s'était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l'a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l'année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.
Le virage actuel des politiques économiques du pays n'est pas étranger à cette nette amélioration des créations d'emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que "la réduction du déficit au Portugal est durable" et que "la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017". Malgré tout, l'ancien ministre français de l'économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que "sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée."

Le ministre de l'économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d'un renouveau d'industries orientées à l'export telles que l'automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l'Est pour la main d'oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d'une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l'industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.

Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, "Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme". Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que "les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel", alors que le pays est devenu l'un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l'Espagne ne le sont toujours pas...

Nouveau modèle portugais très discret

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l'égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d'obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

Ces politiques dites d'austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l'Italie ou l'Espagne ont effectué ces politiques d'austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu'en 2015. L'Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n'arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L'échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des "assouplissements du marché du travail" ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies.

Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas". De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l'institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

Malgré tout, si l'exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement "par le haut" des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d'espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?

>Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)

Le modèle suédois reste malgré tout difficile "à vendre", bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n'est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l'un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.

Il n'est donc pas certain qu'appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.
  

lundi 21 août 2017

Venezuela : comment NE PAS donner une information

Source : Venezuela infos
Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

Le 30 Juillet s’est produit un évènement politique d’une portée historique considérable: un peuple internationalement assailli à l’extérieur et soumis à la violence paramilitaire à l’intérieur, est descendu dans la rue pour exprimer son double rejet de l’ingérence internationale et des aspirations des élites locales à reprendre le pouvoir. 

Il y a moins de vingt ans, au siècle dernier, un évènement d’une telle ampleur aurait figuré en première page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et privés, l’auraient relevé dans leurs gros titres, sans doute manipulateurs, mais ceux-ci auraient parlé du défi du peuple vénézuélien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient montré des images, peu nombreuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de vénézuéliens devant les bureaux de vote, comme ceux du Poliedro de Caracas, ou de ces gens marchant à travers les collines et traversant les rivières dans la région de Táchira ou de Mérida, où les bureaux de vote étant occupés par des guarimberos (casseurs) armés, il fallait se déplacer à la recherche de centres de secours où pouvoir voter, souvent sans y parvenir.

Les légendes des photos auraient sûrement détourné les images et proposé une lecture en accord avec le désespoir de l’opposition putchiste incapable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un commentaire, une toute petite information qui aurait parlé de la volonté majoritaire du peuple vénézuélien contre tout pronostic et tout calcul rationnel.

Tout journaliste digne de ce nom aurait voulu consigner, analyser, vérifier et même manipuler cet évènement. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font circuler une infinité d’images qui comblent les vides des nouvelles qui en sont dépourvues. Là où les médias de masse cachent une image, les  réseaux en mettent des centaines. Cependant, le 31 Juillet, l’information sur les élections vénézuéliennes pour l’Assemblée Constituante est passée sous silence dans les médias espagnols. C’est une autre information qui fut donnée à sa place.
 
La non nouvelle qui a supplanté l’évènement vénézuélien, bâtie sur le modèle déjà existant (violence et chaos) était : nouvelle journée de violence au Venezuela. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qualificatifs, à façonner une image qui corresponde à la propagande distillée au cours des mois antérieurs. Puis ont éclos les spores disséminées par la non nouvelle, qui avaient déjà été diffusées par les agences impérialistes: auto-coup d’état, fraude, moins de votes que n’en déclare le gouvernement, opposants nouvellement arrêtés, isolement international…

L’évènement d’une journée électorale qui a mobilisé des millions de vénézuéliens qui sont allés voter pour leurs candidats à la Constituante, fut trop incontestable pour être passé sous silence; les flots du peuple vénézuélien trouvaient une infinité de fenêtres numériques par où s’écouler. De sorte que le système de propagande de guerre des médias de masse espagnols, si bien entretenu et huilé par les agences de presse étasuniennes, activa l’un de ses ressorts les plus subtils. Il n’affronta pas la nouvelle en la taisant, bien qu’il le fît également, il ne manipula pas des images comme il l’a réellement fait avec le frauduleux référendum de l’opposition du 16 Juillet (le journal El País dût rectifier une image du test électoral pour l’assemblée Constituante, sous laquelle figurait une légende affirmant que c’étaient des queues pour voter au référendum organisé par l’opposition). Dans ce cas, la technique de propagande médiatique majoritairement employée fit remplacer l’information qui faisait l’évènement par d’autres qui attireraient l’attention des audiences. 

Les gros titres parlèrent de violence, dictature et condamnation internationale: “Lors d’une journée marquée par la tension, les manifestations, la réprobation internationale et la violence, les vénézuéliens ont voté pour choisir les membres de l’Assemblée Nationale Constituante » (CNN en espagnol); “Maduro concrétise un coup d’état contre lui-même au Venezuela au cours d’une journée électorale des plus violentes” (El País); “Condamnation internationale de l’usage disproportionné de la force au Venezuela. 10 personnes au moins sont mortes dans les manifestations pendant les élections à l’assemblée constituante que soutient Nicolás Maduro. (Télévision Espagnole). 

Pas une seule image des quelques 14500 bureaux de vote où plus de 8 millions de vénézuéliens attendaient leur tour pour voter. Après les élections présidentielles de 2012 qui élirent Hugo Chávez, ce furent les élections qui mobilisèrent la plus large participation de masse. Toutefois, lorsque l’on consulte les archives photographiques du journal El País, on se trouve devant un étrange phénomène : sur 30 images sélectionnées par le quotidien, 7 sont celles d’explosions, de barricades et d’actes de violence, 2 montrent les opposants, 2 autres le président Maduro et le reste montre des vénézuéliens isolés en train de voter, l’urne en premier plan, des petits groupes regardant les listes ou assis, attendant pour voter; il n’y a qu’une photo où l’on voit très loin des voitures et des personnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images significatives fut constaté sur la Télévision Espagnole. C’est dire que, dans les médias espagnols de grande audience, les images, quand elles faisaient allusion à l’acte de voter, lançaient un message contraire à la réalité qui circulait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de vénézuéliens sont allés voter. C’étaient des images soigneusement sélectionnées pour appuyer la version de l’opposition et ne pas donner l’information de l’appui massif à la Constituante donné par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux, où les hommes politiques ne font pas de déclaration, ils twittent, où la volatilité de l’information numérique prévaut sur le papier et où les télévisions copient les réseaux sociaux, les façons de mentir et de déformer sont de plus en plus complexes. Plutôt que de cacher une information, il est plus efficace d’en donner une autre différente, qui occupe la place de la réelle. Nous appellerons cela la «  non information ». 

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations sociologiques) que ceci soit habituel dans les médias espagnols. Comme antécédents nous avons cette étude de Juin 2016 qui signalait que la Télévision Espagnole, alors que le chômage était toujours la première préoccupation des espagnols, lui avait consacré la moitié du temps qu’elle avait employé à parler de la crise politique au Venezuela (les journaux télévisés de ce mois-là consacrèrent 71 minutes à la situation du Venezuela face aux 31 qu’ils dédièrent au chômage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bulletins d’information du monde ouvraient sur le désarmement de l’ETA, la Télévision Espagnole parlait du Venezuela plutôt que du désarmement de l’ETA.

Cette technique de propagande de guerre qu’emploient les journaux d’information espagnols fait partie d’autres techniques mieux répertoriées comme : le deux poids deux mesures, prendre la partie pour le tout, les infos toxiques, la partialité des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.
Dans le cas de l’information de substitution, la non information, elle, doit comporter certaines caractéristiques. En premier lieu, elle doit être crédible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà établie; dans le cas des élections à l’Assemblée Constituante cette matrice est : violence, coup d’état, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait certain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des barricades incendiées, un quelconque incident isolé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anecdotique ou ne peut être généralisé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cependant, pour ne pas donner l’information importante -celle qui, elle, est généralisable quantitativement et qualitativement-, il est fondamental de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre médiatique, fonctionne, comme les attentats sous faux drapeaux ou attentats contre soi-même, (ceux qui sont commis pour rejeter la faute sur l’ennemi et justifier une intervention). Ainsi, lors de la journée d’élections vénézuélienne il y eut des incidents provoqués par l’opposition, un attentat contre la Garde Nationale Bolivarienne, des embuscades armées pour dissuader les votants et incendie de bureaux de vote. Mais si l’on prend la journée dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude pacifique et la détermination des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troisième lieu, l’information de substitution doit être au rang du spectaculaire autant que l’information réelle, afin de retenir toute l’attention. La violence est toujours une information spectaculaire en soi, elle est capable de retenir l’attention et de reléguer tout autre fait. C’est pourquoi, même lorsque l’on ne dispose pas d’images de violence il faut que le journaliste apparaisse portant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cerveau prête foi aux actes de violence dont parle le reporter.
En quatrième lieu, elle doit être capable de concentrer l’attention de ceux qui sont critiques envers les médias de masse, afin que tout le potentiel de contre-information soit pointé vers la mise en cause du « messager » (les moyens de communication de masse). Nous, les intellectuels et analystes, nous nous focalisons sur la dénonciation de la manipulation des médias et nous laissons de côté la diffusion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concentrés sur la dénonciation de l’attentat contre la garde nationale bolivarienne, que les médias ont transformé en « répression contre Maduro » ou sur la dénonciation de la violence des paramilitaires de l’opposition qui sabotaient les élections, au lieu de parler des vénézuéliens élus pour réformer la Constitution, de leur origine sociale, de leur engagement envers leurs bases, des premières propositions pour la réforme de la Constitution, des problèmes d’impunité que souhaite résoudre la nouvelle carta magna … En théorie de la communication cela se comprend comme l’Agenda Setting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on parlera, qui fixent ce qui est important, ce qui ne doit apparaître dans aucun média, comment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non information de ces jours derniers a été « l’isolement international du Venezuela ». Aux Nations Unies, le Venezuela a obtenu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des Droits de l’Homme, approuvèrent une résolution de reconnaissance de la Constituante vénézuélienne et réclamèrent la non-ingérence. Parmi ces pays figuraient les plus peuplés au monde et quelques autres de grand poids international comme la Russie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.  
La non information qui remplaça celle-ci fut « Les Etats-Unis et les principaux pays d’Amérique Latine condamnent la Constituante de Maduro (El País) » information également présente dans la majorité des médias espagnols le lendemain des élections. 

Mais cette technique ne fonctionne que si l’on dispose du personnel spécialisé capable, presque spontanément, d’élaborer les non informations, capable de regarder ailleurs, bien équipé du déguisement du « reporter de guerre ». Ce sont les parajournalistes, et à la tête de la profession internationale se trouvent les espagnols, tant des médias de masse privés que des médias publics.
L’an dernier j’ai déjà défini ce que j’entends par parajournalistes : « Si l’on qualifie de paramilitaire celui qui est affilié à une organisation civile dotée d’une structure ou d’une discipline militaire, nous pouvons dire des parajournalistes qu’ils sont ces journalistes affiliés à des médias de masse qui suivent une discipline militaire, lançant des bombes informatives sur les objectifs définis par leurs entreprises ». Parmi ces derniers nous avons Marcos López et Nuria Ramos, correspondants de Télévision Espagnole, qui sans aucun doute méritent une mention spéciale pour leur mauvais travail journalistique, toujours prêts à se placer du côté de ceux qui jettent les bombes incendiaires sur la garde bolivarienne, capables de contredire sans difficulté les images que recueillent leurs propres appareils de photos, disposés à se faire les victimes –tout comme l’opposition- de la « répression du gouvernement bolivarien ».
La grande offensive contre le gouvernement du Venezuela de la part des médias de masse espagnols fait partie de la guerre mondiale contre tout processus qui ne se plie pas aux intérêts impérialistes. Nos parajournalistes jouent leur rôle comme membres de l’armée vassale. Ces jours derniers nous avons vérifié que la guerre médiatique contre le Venezuela est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guerrière d’aujourd’hui est sans précédents, et qu’en réalité il n’existe pas différents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape François, nous sommes face à une Troisième Guerre Mondiale dont nous ne voyons que des bribes, le Venezuela est aujourd’hui l’un des objectifs prioritaires pour l’empire. La difficulté vient de ce que, contrairement à ce que nous vendent les films de Hollywood, aujourd’hui la guerre ne se présente pas à nous sous la même forme qu’au siècle dernier, il nous est plus difficile de reconnaître son mode de déroulement et d’identifier ses nouveaux et ses anciens bataillons. 

Cette guerre contre le Venezuela essaie de combattre les deux piliers sur lesquels repose la Révolution bolivarienne : la souveraineté nationale et l’utopie socialiste. Elle vise à miner l’image du Venezuela à l’extérieur pour contrebalancer deux des traits les plus caractéristiques de la révolution bolivarienne : la voie pacifique et démocratique pour transformer le pays et l’utilisation de ses ressources naturelles pour améliorer les conditions de vie socio-économiques de la population. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alternative au Capitalisme. En ce sens, le Venezuela a également pris la relève de Cuba comme référent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est devenu le mauvais exemple.

D’où les missiles qui sont constamment lancés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révolution bolivarienne : la violence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux torpilles qui traditionnellement sont pointées sur la ligne de flottaison de toute utopie socialiste.

Avec un pareil objectif, les moyens de communication et tout le système de propagande contre le Venezuela visent très spécialement le terrain des campagnes électorales et mettent en cause sa démocratie. Il ne faut pas oublier que les élections sont la condition de la démocratie pour les élites politiques mais, seulement si l’on peut garantir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de communication, l’on parvient à convaincre la population de qui doivent être leurs gouvernants.
 
Les guerres ne sont pas l’affaire des gouvernements, ni des corporations, ni des moyens de communication, ni des peuples. Les guerres sont le résultat de tous et de chacun de ces éléments. Les gouvernements déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévitable », mais, avant, les corporations font leurs comptes et le bilan des coûts et profits, mais, avant, les moyens de communication créent les conditions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas perdu : selon un rapport élaboré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, sur les 11 pays européens étudiés, les moyens de communication espagnols sont les moins fiables. Au niveau mondial, quand sont étudiés les publics des Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, France, Espagne, Italie, Irlande, Danemark, Finlande, Brésil, Japon et Australie, seuls les moyens de communication étasuniens ont moins de crédibilité que les espagnols.

Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.
 
Source : http://www.alainet.org/es/articulo/187357
Traduction : Michele ELICHIRIGOITY
URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3f3

Hopital public, la loi du marché : enquête le 7 septembre sur France 2.

Source : Le blog TV News

Hôpital public, la loi du marché : enquête le 7 septembre sur France 2.

Une enquête de Julie Pichot qui sera diffusée jeudi 7 septembre en première partie de soirée sur France 2. lors du magazine Envoyé spécial présenté par Elise Lucet.

Productivité ! Rentabilité ! Management ! Equilibre budgétaire ! Ces règles d’or de l’entreprise privée s’appliquent désormais… à l’hôpital public.

Pour combler le déficit de la Sécurité sociale (6,1 milliards d'euros cette année), l'Etat impose aux médecins, infirmières, aides-soignants, directeurs, ces nouvelles méthodes de gestion. A ce chef de service réanimation, on demande, comme à un cadre du privé, de faire mieux avec moins de personnel et du matériel vieillissant. Ces infirmières, comme des ouvrières à la chaîne, doivent consacrer un temps calculé et limité à la toilette de leurs patients. Le directeur de cet hôpital, tel un patron de PME, tente lui de convaincre les banques de lui prêter de l’argent pour ne pas mettre la clé sous la porte !
Cette transformation radicale ne va pas sans casse. Manifestations, grèves, services surchargés, personnel surmené et déprimé. Jusqu’au suicide ou à l’erreur médicale. Des petits hôpitaux de région jusqu’aux CHU les plus réputés, des urgences du quotidien aux services de pointe, Julie Pichot a mené l’enquête dans des établissements où la pression économique menace la mission même de l’hôpital public.
Crédit photo © Charlotte Schousboe

Sur YouTube, l’étonnant carton post-mortem d’un historien oublié

Source : Nouvel Obs

C’est une des magies d’Internet. Un historien décédé en 1992, lointain souvenir des baby-boomers et inconnu des jeunes générations, fait un carton sur YouTube. Mises en ligne il y a juste trois ans, les conférences d’Henri Guillemin...


 
C’est une des magies d’Internet. Un historien décédé en 1992, lointain souvenir des baby-boomers et inconnu des jeunes générations, fait un carton sur YouTube. Mises en ligne il y a juste trois ans, les conférences d’Henri Guillemin atteignent des dizaines voire des centaines de milliers de vues, soit plus de quatre millions de vues pour ses quatre principales chaînes.
L’étendue des sujets traités impressionne  : de la Révolution française à la Seconde Guerre mondiale en passant par une étude exhaustive du XIXe siècle avec des incursions jusqu’à Jeanne d’Arc, Léon Tolstoï et ou les révolutionnaires russes (Lénine, Staline). Aux centaines d’heures déjà publiées par plusieurs «  youtubeurs  », une nouvelle série de vidéos a été mise en ligne Il y a quelques semaines : parmi lesquelles « La Révolution de 1848 » et « Georges Bernanos, témoin de notre temps ».
Comment expliquer ce succès post-mortem sur Internet ? Un média que Guillemin, un homme de lettres avant tout, né en 1903, n’a pas connu, probablement jamais imaginé et dont les codes divergent si radicalement de la forme de ses conférences et de ses livres.

L’homme seul, assis à son bureau

A l’heure des formats courts et des temps de paroles réduits, ses conférences télévisées, diffusées principalement dans les années 60, mettent en scène un homme seul, assis à son bureau, dans un cadre minimaliste et s’adressant directement à la caméra.



Les fidèles de Guillemin visionnent des conférences longues d’une heure (par exemple Flaubert, Charles de Gaulle, Trotski) à plus de cinq heures (comme Pétain ou Napoléon) ! Sans modérateur, ni changement de plan ou images d’illustration. Une grande partie des conférences sont même purement audio.

Internet présente toutefois l’avantage de pouvoir arrêter et reprendre à toute heure le visionnage – à l’époque, un épisode manqué était irrattrapable. Par ailleurs, si Guillemin occupait une place médiatique importante dans la presse écrite (Le Monde, Témoignage chrétien, Le Nouvel Observateur, Le Figaro, L’Humanité) et l’édition dans quelques grandes maisons (Gallimard et le Seuil), il était, d’après ses proches, censuré par la télévision française sous Georges Pompidou puis sous Valéry Giscard d’Estaing.

Snobé par la télé française

Henri Guillemin, installé en Suisse après avoir fui l’Occupation en 1942, y jouira d’une forte popularité, grâce à l’émission périodique devenue culte « Les Chemins de l’Histoire », sur la Télévision suisse romande (TSR). Il restera par la force des choses éloigné du grand public français.
Les vidéos qui circulent sur Internet ont ainsi été principalement enregistrées et diffusées par des médias francophones mais étrangers (la TSR mais aussi la RTBF belge et la télé canadienne SRC). Média libre par essence et sans frontière, Internet aurait sans doute plu à Henri Guillemin, qui tenait plus à sa liberté de ton qu’aux honneurs. Poussé par Mauriac à se présenter à l’Académie française, il avait motivé son désintérêt pour l’institution en reprenant Bernanos  :
« Il y a des vérités qu’on ne peut plus dire en costume de carnaval. »

Un incontestable talent de conteur

Henri Guillemin semble avoir conquis un nouveau public, qui découvre parfois l’infatigable écrivain (une soixantaine de livres) après le conférencier. Jean-Marc Carité, directeur de la maison d’Edition Utovie, explique :
« Nous touchions encore les lecteurs fidèles au Guillemin de l’époque. Depuis la mise en ligne de ses conférences, on assiste à un effet de relais, avec un public plus jeune, souvent étudiant. »
« Alain Decaux raconte »
Alain Decaux, qui se livrait à un exercice similaire des années 60 aux années 80 et à qui l'on prêtait aussi un talent de conteur historique, ne rencontre pas le même succès sur la Toile.
Seuls quelques extraits de son émission « Alain Decaux raconte », diffusée sur l'ORTF puis Antenne 2, atteignent plusieurs milliers de vues sur YouTube.
C’est, d’après lui, d’abord le «  style Guillemin  » qui fascine la Toile aujourd’hui, comme ses audiences du temps des Trente glorieuses. Son érudition, sa passion et son incontestable talent de conteur font voyager son auditoire au cœur des évènements, à grand renfort de citations et d’un flot de détails historiques déroulés sans regarder ses notes. Arsène, 27 ans, licencié en Histoire, confie :
«  Ma conférence préférée est celle de la Commune de 1871. Son récit, les larmes aux yeux, des élites françaises pactisant avec l’Allemagne et de la féroce répression des Communards parisiens est proprement passionnant. »
L’écrivain avait travaillé l’« oralité  » de son discours, tant dans ses livres que dans ses exposés, notamment sur les conseils de son ami Maurice Chevallier, vedette du music-hall des années 30 aux années 60. Il devient progressivement maître en la matière. Jean-Marc Carité, l’éditeur désormais exclusif d’Henri Guillemin, se souvient :
«  Je me rappelle d’ambiances proprement folles, avec des audiences de mille personnes parmi lesquelles de véritables groupies. »

Une Histoire de France « très différente »

Au-delà du charme que le personnage exerce sur son public, la marque d’Henri Guillemin tient surtout à sa démarche historique, qui a parfois créé la polémique. Normalien et agrégé de littérature classique, il va progressivement appliquer sa méthode de critique littéraire à l’Histoire. Il confesse ainsi à la télévision suisse en 1971 :
« Je me suis rendu compte en grandissant qu’on m’avait rempli la tête d’idées fausses. Ça m’a rendu fou furieux. »
Sa thèse sur Lamartine l’amènera à redécouvrir la Révolution de 1848, ses travaux sur Victor Hugo à se passionner pour le coup d’Etat de 1851, ceux sur Zola à l’affaire Dreyfus… Son entreprise de «  démystification  » le conduira à (ré)-écrire une Histoire de France parfois à mille lieux de celles des historiens «  historiques  » comme Michelet et Bainville. Pour Grégoire, jeune kinésithérapeute perpignanais, qui a découvert Guillemin en 2013 :
«  Son Histoire de France est très différente de celle que j’ai apprise dans les manuels scolaires, des éditions Nathan. Sa méthode me paraît rigoureuse et scientifique et je le conseille à tout mon entourage. »

De grands personnages « déconstruits »

Sa popularité actuelle semble également tenir de sa vision populaire de l’Histoire. Sa défense inconditionnelle de la «  cariatide  » (le peuple prolétarien selon Victor Hugo) face aux traîtrises d’une certaine bourgeoisie et du «  grand affairisme  » trouve rapidement un écho sur l’espace contestataire d’Internet, dans un contexte de désenchantement politique et de grondes sociales.
Son plus grand succès en ligne est d’ailleurs son Robespierre et la Révolution française. Loin de l’image répandue du «  tyran sanguinaire  », Guillemin dresse un portrait à contre-courant d’un «  Incorruptible  » qui, en 1792, instaure pour la première fois le suffrage universel (seulement censitaire après 1789), abolit l’esclavage (rétabli en 1802), interdit les guerres d’agression et la spéculation sur les matières premières («  l’agiotage  »), essayant même d’enrayer la «  Terreur  », qu’on lui a longtemps attribué.
Guillemin n’hésite pas à «  déconstruire  » plusieurs grands personnages historiques  : il montre des facettes jusqu’alors méconnues de :
  • Napoléon, décrit comme un sinistre arriviste,
  • Jules Ferry, comme un colonialiste assumé des « races inférieures  »,
  • Voltaire, comme un oligarque esclavagiste…
Robespierre, première partie
Chaîne de MrCappuche, mai 2012
Il n’hésite pas à accuser une certaine droite «  capitularde  » (de Thiers à Pétain) d’intelligence avec l’ennemi voire de trahison, pour réprimer les troubles sociaux qui guettent la France. Son éditeur répond :
«  Henri Guillemin était un travailleur acharné. Son Robespierre et sa Commune sont entièrement documentés. Il suffit d’aller aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale pour le vérifier. Mais il y a des mythes auxquels on ne veut pas toucher. »
Il démontrera encore la dimension politique de Victor Hugo ou de Léon Tolstoï, s’attachera à redorer le blason de Rousseau, qu’il appelle affectueusement «  Jean-Jacques  » et se passionnera pour Jean Jaurès et Paul Claudel.

Méprisé par Pompidou, cité par Mitterrand

Ses auditeurs se passionnent également pour l’homme qu’était Henri Guillemin, ses convictions politiques et religieuses – la question de Dieu lui est centrale – mais aussi pour la France qu’il a connue, étrangère aux jeunes générations, qui reprend vie par le «  style Guillemin  ».
L’historien raconte ses amitiés avec Jean-Paul Sartre – qu’il dépeint comme dilettante et amuseur de galerie à l’Ecole normale –, avec François Mauriac et l’abbé Pierre ou sa rencontre avec Pierre Mendès-France qui, sous pression en pleine guerre du Vietnam, se confie longuement à lui. La pensée de Guillemin, difficilement classable, a laissé place à certaines interprétations.
Dans cette entreprise d’une vie, Henri Guillemin ne s’est pas fait que des amis. A l’époque, il s’attire les foudres des libéraux – quand il montre un Benjamin Constant indicateur de police –, des catholiques après son Jeanne d’Arc ou ses positions anticléricales, et même du président Georges Pompidou qui le traitera de «  fouilleur de poubelles  » après son Napoléon.
Il était en revanche très apprécié de François Mitterrand, qui conseillera notamment son « Nationalistes et nationaux » à Marguerite Duras lors de leurs entretiens. On doute fort de pouvoir réconcilier François Hollande avec Henri Guillemin sur Jean Jaurès. Le discours présidentiel à l’occasion du centenaire de sa mort l’an dernier et « l’Arrière-pensée de Jean Jaurès » de l’historien semblent en effet en totale contradiction. Pour Alexis, 28 ans, chercheur en biologie à Montpellier, qui suit l’écrivain-conteur depuis 2012 :
«  On ne peut pas faire plus actuel que son analyse de la révolution française  : on retrouve exactement les mêmes camps, problématiques et combats. La question sociale reste entière. »

« Aucun doute sur ses options politiques »

L’actualité de ses analyses expliquerait que Guillemin soit repris et parfois récupéré par une vaste partie du spectre politique sur la Toile. Jean-Luc Mélenchon le cite à plusieurs reprises, notamment pendant la présidentielle, Etienne Chouard, pourfendeur du régime représentatif, lui porte une grande estime et un élu conservateur de Neuilly se voit contraint de retirer un texte de Guillemin sur Internet qu’il s’est attribué.
La reprise de plusieurs vidéos par le site controversé Egalite et réconciliation d’Alain Soral contribuera à le faire connaître et à embarrasser une partie du «  clan Guillemin  ». Jean-Marc Carité tranche :
« On ne peut pas empêcher sa récupération ni faire la chasse aux gens qui l’utilisent. Il y a une fidélité de Guillemin au camp républicain qui ne laisse planer aucun doute sur ses options politiques. »

Jugez vous-mêmes...

Dans les médias, Edwy Plenel (Mediapart) et François Ruffin (Fakir) sont aussi des inconditionnels de Guillemin. France Culture a également rediffusé plusieurs de ses conférences suite à son retour en grâce sur Internet (Verlaine et Rimbaud, Victor Hugo).
Parmi les intellectuels, sa lecture historique du paysage politique français se rapproche de l’analyse du philosophe Jean-Claude Michéa, également très populaire sur Internet. Sa démarche critique, sa défense presque romantique du «  camp des opprimés  » et sa méfiance du parisianisme peuvent aussi rappeler Michel Onfray, sa « Contre-histoire de la philosophie » et son Université populaire de Caen.
Une chose est sûre, Henri Guillemin qui doutait de tout, disait se méfier de sa propre subjectivité et passait l’essentiel de son temps à fouiller la source, aurait ici probablement souhaité une chose  : que chacun le juge par lui-même. A travers ses conférences, et ses livres.


Voir les vidéos de l'article sur le Nouvel Obs

dimanche 20 août 2017

Gérard Collomb veut mobiliser les hôpitaux psychiatriques pour identifier les terroristes potentiels

Source : Huffington Post
TERRORISME - Comment identifier les terroristes avant leur passage à l'acte? Au lendemain de l'attentat de Barcelone qui a coûté la vie à une quinzaine de personnes, et neuf jours après l'attaque contre des militaires à Levallois, la question a, de nouveau, été posée au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.
Invité de RTL ce vendredi matin (le passage est à écouter à partir de 4'50), il a déclaré travailler de concert avec la ministre de la Santé Agnès Buzyn pour élaborer un dispositif médical en amont.
Le gouvernement réfléchit en effet à "mobiliser l'ensemble des hôpitaux psychiatriques et les psychiatres libéraux de manière à essayer de parer à cette menace terroriste individuelle". Gérard Collomb a évoqué des "protocoles" qui seraient créés pour faire face à un "certain nombre de gens (qui) ont des délires autour de la radicalisation islamique". Le but: "échanger avec celles et ceux qui les côtoient" et les mettre hors d'état de nuire.
Pour le ministre de l'Intérieur, cette possibilité permettrait d'identifier l'un des deux types (le second) de terroristes qu'il définit. "Vous avez à la fois des attaques planifiées comme celle qui vient de se produire en Espagne et puis vous avez des gens qui se radicalisent brutalement avec souvent des profils psychologiques extrêmement troublés", indique l'ancien maire de Lyon en référence à celui qui a tenté de s'en prendre à des militaires le 9 août dernier.
"Faire naître un gendarme en eux"
Cette initiative reçoit un accueil positif chez cette psychiatre cannoise que Le HuffPost a contactée. "Je suis entièrement d'accord [avec cette proposition]. Nous, psychiatres, sommes aussi des gardiens de la cité", estime Nadia Gherab Chellali, experte judiciaire à la Cour d'appel d'Aix-en Provence.
Cette médecin appelle aussi les généralistes à davantage s'interroger quand ils prescrivent des médicaments. "Nous n'avons pas d'échelle de dangerosité mais un malade mental qui a commis un acte médico-légal, il faut s'en méfier. Et cela passe aussi par une meilleure prescription des psychotropes que les médecins généralistes ne prescrivent pas avec assez de prudence", ajoute-elle. Et Nadia Gherab Chellali de conclure: "Nous les psychiatres n'avons pas la prétention que nous allons guérir ces malades, mais on va faire naître en eux ce que l'on peut appeler un gendarme."

Suppression des Contrats Aidés, c'est la fin des Associations !

SIGNEZ LA PETITION ICI 


Nous sommes co-présidents de l'association LieU'topie à Clermont-Ferrand dans le Puy-de-Dôme. Aujourd'hui, notre association voit sa survie être mis en péril par la possible suppression des Contrats Aidés (CUI-CAE) d'ici la fin de l'année. Pour nous, cela ne représente que deux personnes salariées mais à l'échelle Nationale ce sont 293 000 emplois qui sont menacés !
La conjoncture économique et sociale de ce début de mandat présidentiel d’Emmanuel Macron s’annonce catastrophique pour les associations. Après une réduction des aides aux associations de la part des conseils régionaux, c’est au tour de l’État de venir ajouter sa part de coupes budgétaires.
Cette semaine, madame la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, vient d’annoncer la suppression possible des contrats aidés, CUI-CAE, d’ici la fin de l’année. Pour l’instant toutes les personnes non contractualisées avant le 9 Août 2017 voient leurs possibilités d’embauches retoquées par l’agence pour l’emploi et les employeurs ne peuvent plus faire de demandes d’ouverture de dossier.
La redistribution de la richesse nationale auprès des structures d’intérêt collectif et général semble à son crépuscule. Les conséquences s’annoncent désastreuses...
Les associations sont en effet des actrices incontournables de la solidarité, de la culture, et de l’environnement. Elles ont une identité citoyenne et solidaire qui n’a pas vocation à développer un modèle économique basé sur la rentabilité marchande dans un marché concurrentiel. L’émancipation individuelle et collective, l’épanouissement et le bien être, une économie plus solidaire et démocratique… Ces enjeux ne peuvent pas être sacrifiés sur l’autel du libéralisme économique.
Mme la ministre justifie dans une interview cette semaine que selon elle, les contrats aidés « ne sont pas efficaces dans la lutte contre le chômage » et « qu’ils ne sont pas un tremplin pour l’insertion professionnelle ».
En tant que structure pilote de l’Economie Sociale et Solidaire nous ne pouvons nous résigner à imaginer que l’économie devrait se résumer au marché concurrentiel. L’économie englobe l’ensemble des activités de production, de distribution, et de consommations des richesses. L’hégémonie du modèle néolibéral n’est pas compatible avec la solidarité, la citoyenneté et le respect de l’environnement.
Aussi, si nous continuons en ce sens, les associations se verront obligées de faire un choix : mourir, ou se tourner unilatéralement vers l’économie de marché pour se financer.
Quel que soit leur choix, mourir ou faire évoluer leur modèle économique, le résultat sera le même : la destruction d’un modèle de société citoyenne, solidaire, et démocratique, au profit d’une société de l’individualisme, de la concurrence et de l’instrumental.
A travers cette mesure, les associations ne sont malheureusement pas les seules à subir cette asphyxie économique mais les établissements d’enseignements et les collectivités locales en prennent leur part car ces deux secteurs portent environs 40% de ces contrats (*source DARES, direction de l’animation de la recherche, des études et statistiques). Au total cette année 293 000 emplois sont concernés, auquel nous pouvons ajouter ceux en cours de création et ceux à venir pour l’année 2018.
Aujourd’hui, notre indignation dépasse la question de l’emploi. Nous voulons alerter ici les pouvoirs publics quant aux hommes et aux femmes qui sont contractualisés dans ces conditions, qui ont retrouvé l’accès à un emploi, une formation en continue rémunérée et la possibilité pour des petites structures de créer des postes adaptés à leurs besoins.
Au nom des activités économiques d’intérêt collectif et général que nous faisons vivre quotidiennement, au nom de la redistribution des richesses et de la justice sociale, valeurs ancrées au cœur de notre république Française, nous demandons que ce dispositif soit maintenu pour que les structures associatives puissent continuer d’assurer leurs missions d’intérêt général.
 
Jean-Baptiste Pegeon et Geoffrey Volat, co-présidents de l'association LieU'topie

SIGNEZ LA PETITION ICI

Cette pétition sera remise à:
  • Madame la ministre, Muriel Pénicaud

samedi 19 août 2017

La désobéissance civile de Cédric Herrou “incarne la conception vivante de la démocratie”

Source : Telerama

 Cédric Herrou devant le Palais de Justice de Nice, le 4 janvier 2017.
Pour avoir aidé des migrants sans-papiers, l'agriculteur Cédric Herrou a été condamné mardi 8 août 2017 à de la prison avec sursis. Son initiative évoque la désobéissance civile, un principe politique indispensable du progrès et du mouvement démocratique, selon le philosophe Manuel Cervera-Marzal.
Depuis bientôt deux ans, l’agriculteur Cédric Herrou, militant de l’association Roya citoyenne, conduit, héberge et nourrit des centaines de migrants clandestins qui tentent de traverser la frontière italo-française. Il a été condamné mardi 8 août à quatre mois de prison avec sursis pour aide à l’immigration clandestine. Après avoir été relaxé en première instance, il a également été condamné à mille euros de dommages et intérêts pour l’occupation illicite d’un bâtiment SNCF désaffecté dans lequel il logeait cinquante-sept migrants érythréens, dont vingt-neuf mineurs.

Lire la suite  de l'article ici  



Lire aussi : 

Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, essais de politique contemporaine, Calmann-Lévy.

Manuel Cervera-Marzal, Désobéir en démocratie, la pensée désobéissante de Thoreau à Martin Luther King, Aux forges de Vulcain.
Manuel Cervera-Marzal, Les Nouveaux Désobéissants : citoyens ou hors-la-loi ?, Au bord de l'eau.

John Rawls, Théorie de la justice, Points.

Henry David Thoreau, La Désobéissance civile, Gallmeister.
Henry David Thoreau, Résister, Fayard