CnR en Midi Pyrénées et ailleurs...

jeudi 25 août 2016

Le Festival International du Film Grolandais de Toulouse revient pour une cinquième édition velue et intransigeante entre le 19 et le 25 septembre 2016.

Cinéma, musique, littérature, arts plastiques, la volonté pluridisciplinaire s’affirme plus que jamais autour d’une ribambelle d’invités de marque et de films rares. Présentation en avant-première de la programmation.
Dans son édito à ce cinquième rendez-vous annuel toulousain, Benoît Delépine définit le vrai cinéma Grolandais comme "sauvage. Primitif. Pour tout dire indicible. Qui fait si peur qu’on en rit". En effet, tous les films de la compète officielle semble faire honneur à cette citation, tant il peut s’en dégager une sauvagerie bestiale et une folie furieuse (Goran, We are the Flesh, La Vengeresse, GraveJPEG, Dogs...). Pas étonnant d’ailleurs qu’un grand nombre soit des premières œuvres. Les cinéastes ont souvent tendance à se calmer après leurs premiers essais rageurs.
JPEGL’édition complète s’est axée en partie autour de cette animalité de l’homme et de l’humanité de l’animal. Un véritable zoo humain qui a amené la joyeuse équipe toulousaine à collaborer avec un lieu comme le Muséum d’Histoire Naturelle et à inviter un généticien de renom comme André Langaney pour apporter ses éclaircissements avisés. JPEGAu programme : des singes cinéastes (Capucine de Nieto), des hommes primitifs (Aaaaaaaaah ! de Steve Oram), des croisements génétiques et des galeries de freaks (l’hommage au cinéaste danois Anders Thomas Jensen), des hommes-poneys (Être Cheval de Jérôme Clément-Wilz), des rongeurs mutants (Les Rats de Manhattan de Bruno Mattei) et j’en passe, le festival se donnant pour mission de révéler le monstre en chacun de nous (Freaks de Tod Browning, Les nains aussi ont commencé petits, Stupor Mundi).
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Freaks
Autre grand axe : les liens entre musique et arts visuels. En plus de films cultes (du manifeste punk Jubilée de Derek Jarman jusqu’au gros délire Kiss contre les fantômes ou le toujours aussi hilarant This Is Spinal Tap), le festival rendra hommage à des grandes figures de l’avant-garde musicale disparues cette année comme Pierre Boulez et Tony Conrad au travers d’une soirée spéciale dans le superbe cadre du Théâtre Garonne. Une sélection de films 16 mm composés pour plusieurs écrans, avec aux manettes Bertrand Grimault de la génialissime asso bordelaise Monoquini. Effets stroboscopiques, décibels, superpositions, tout sera bon pour faire entrer le spectateur dans un état second. Et bien sûr pour terminer cette édition, l’équipe a choisi le documentaire de Jim Jarmusch sur l’icône punk Iggy Pop et ses Stooges.
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Impossible non plus de faire l’impasse sur les événements récents et de ne pas rendre hommage à tous ces agitateurs et dessinateurs qui ont nourri nombreux d’entre nous : Tignous (avec une exposition et la projection des épisodes de Pandas dans la brume), Cavanna, Choron, Siné, Honoré. Une carte blanche sera également offerte à Fluide Glacial, avec une exposition autour de l’album Pire ouvrier de France de Besseron et Felder.
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Bien sûr, il y aura également des dizaines d’avant-premières (dont certaines très attendues et d’autres films très bons encore en recherche de distribution en salles), des soirées spéciales délirantes, des concerts, des sélections de courts métrages pour animer les bars de la ville, des tas de projections dans la périphérie régionale, de nombreux films militants à ne pas toujours prendre au premier degré (dont une soirée Agit Prop en plein air), des débats et tables rondes (avec cette année un focus sur la censure au cinéma et en littérature), des rencontres et rendez-vous littéraires, des séances pour les jeunes.
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Les nains aussi ont commencé petits
Seront mis en avant également les œuvres de Pacôme Thiellement, ésotériste pop et essayiste brillant, de Lou Castel, acteur qui a parcouru le cinéma européen de ces cinq dernières décennies, d’Yves-Marie Mahé, et son collectif Négatif, de Pierre Molinier, fétichiste de renom dont les photographies seront exposées dans la somptueuse Chapelle des Carmélites (ils n’ont peur de rien au Fifigrot !) ou encore de Pierre Etaix, Président du Jury. Le travail d’éditeurs DVD comme Potemkine et Artus Films sera célébré comme il se doit, car l’accès aux films ne serait pas le même sans le travail acharné de ces passionnés.
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Pierre Molinier
Un cru qui sera mémorable pour sûr, dont voici un petit résumé présentatif de la partie cinéma. Toutes les infos sur les lieux sur le site du Fifigrot :
OUVERTURE : Première française d’un film "qui a du chien" pour un des grands noms du cinéma indépendant américain.
FERMETURE : Gimme Danger de Jim Jarmusch
COMPÈTE OFFICIELLE
Amphore d’Or remise par le Jury composé de Pierre Etaix, Yolande Moreau, Jean-Bernard Pouy, Vincent Lacoste, Nadia Khiari, Jules-Edouard Moustic, Noël Godin et Jean-Pierre Bouyxou :
Apnée de Jean-Christophe Meurisse
Dogs de Bogdan Mirica
Goran de Nevio Marasovic
Grave de Julia Ducournau
Poesia sin fin d’Alejandro Jodorowsky
Tu doutes tu perds de Dominique Baumard
No Men Beyond this Point de Mark Sawers
La Vengeresse de Bill Plympton
We are the Flesh d’Emiliano Rocha Minter
Willy 1er de Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas.
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Apnée
COMPÈTE COURTS MÉTRAGES avec 17 films.
SÉANCES SPÉCIALES
AGIT PROP Soirée plein air avec six films des années 60/70 : La mort du rat, L’ordre règne à Simcaville, Chromo-Zoom, Pour une poignée de gros sel, La reprise du travail aux usines Wonder, La Commune, Louise Michel et moi.
YVES-MARIE MAHÉ et le Collectif NÉGATIF
GRO’NIVERSAIRES - Groland fait la fête avec les éditeurs POTEMKINE et ARTUS FILMS.
Projections de : Les Nains aussi ont commencé petits et La Soufrière de Werner Herzog, accompagnés du Déclencheur de volcans de Sébastien Zaccoletti.
Les Rats de Manhattan de Bruno Mattei
JAMAIS COUCHÉS !
Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai de Dennis et Nina Robert
Choron dernière de Pierre Carles et Eric Martin
Monsieur Honoré de Baptiste Drapeau
Mourir ? Plutôt crever ! de Stéphane Mercurio
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Pays de Cocagne
GRO L’ART
SPLIT/SCREEN/TEST 4 écrans pour 4 projecteurs 16 mm.
My Name is Oona, Chorus, Another Void, Union, Straight and Narrow, Symphonie mécanique, Hand Grenade, Razor Blades.
Les Nouveaux Réalistes d’Adrian Maben, accompagné de The Reality of Karel Appel de Jan Vrijman.
GRO ZICAL
Kiss contre les fantômes de Gordon Hessler
This is Spinal Tap de Rob Reiner
Jubilée de Derek Jarman
GRO ZOO
Capucine de Nieto, accompagné de divers courts métrages.
Aaaaaaaah ! de Steve Oram.
Être Cheval de Jérôme Clément-Wilz, accompagné de La Horde de Jérôme Colin.
CENSURE
Freaks de Tod Browning
Les Négriers de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi
Anthologie des scènes interdites, érotiques ou pornographiques de José Bénazéraf
GRO Guests
LOU CASTEL
L’Île au trésor de Raoul Ruiz
Matalo ! de Cesare Canevari
Les poings dans les poches de Marco Bellocchio
PACÔME THIELLEMENT
Carte blanche : Synecdoche, New York de Charlie Kaufman
Stupor Mundi 1 & 2
TRI-TRILOGIES
THOMAS ANDERS JENSEN
LES BRANQUIGNOLS
PIERRE ETAIX
VIVE LA SOCIALE !
La Bataille de l’eau noire de Benjamin Hennot
La cigale, le corbeau et les poulets d’Olivier Azam
La Sociale de Gilles Perret
Food Coop de Tom Boothe
JEUNE PUBLIC
Ma Vie de courgette de Claude Barras
La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach
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Tu doutes tu perds
Tu doutes tu perds
Made in Toulouse
Boro in the Box de Bertrand Mandico
Les aventures universelles de la place Pinel de Catherine Aira et Yves Le Pestipon
Sélection de courts occitans
CINEXPO
TIGNOUS
FLUIDE GLACIAL
PIERRE MOLINIER
Amphores 2015 Films primés l’année dernière
The Other Side de Roberto Minervini
The Lobster de Yorgos Lanthimos
Les À Côtés
Je me tue à le dire de Xavier Seron
Les aventures d’Eddie Turley de Gérard Courant
La philo vagabonde de Yohan Laffort
Chère Maman tout va bien de Christian Ziewer
Undune de Dennis Rätzel
Vox Usini de Déborah Legivre
Hors les Murs
Plus de 25 séances dans la périphérie de Toulouse (Aucamville, Muret, Villefranche de Lauragais, Plaisance du Touch, Poucharramet, Colomiers, Grenade, Fenouillet, Cazères, Castelginest, Carbonne, Castanet Tolosan)
Bar-Bars
Plus d’une dizaine de programmes dans les bars de la ville.

Festival de la Bohème bientôt à Muret

Conférence-débat à Toulouse : « Services publics à crédit. A qui profitent les Partenariats Public-Privé ? »

Les Amis du Monde Diplomatique et l’Université Populaire de Toulouse invitent Nicolas de la Casinière le mercredi 7 septembre à 20H30 à la Bourse du Travail, place Saint Sernin, Toulouse.

Copiée sur la formule développée tant par les travaillistes que les conservateurs britanniques, les PPP à la française sont nés en 2004, après un travail acharné de lobbying pour remodeler la réglementation en intégrant les exigences du capitalisme financier. La vieille idée de service publics, voire de biens communs s’est appliquée des hôpitaux, des universités, des gares mais aussi à des stades ...

Le principe : inaugurez tout de suite, payez plus tard. Les élus et les services de l’Etat en raffolent. Les contribuables s’en affolent. Une autopsie d’un système opaque, soumis aux logiques financières, s’impose avec une analyse par bien des exemples de cette illusion qui profite essentiellement aux trois géants du BTP, Vinci, Bouygues et Eiffage ...

Nicolas de la Casinière est journaliste et enquêteur des faits de société et de la politique. Il a notamment publié Les Prédateurs du Béton, enquête sur la multinationale Vinci (Libertalia 2013) et Services publics à crédit (Libertalia 2015).

L'Hopital public à l'agonie

Source : Revue Ballast
Par Sarah Kilani - 22 juillet 2016
Médecin anesthésiste-réanimateur, militante anticapitaliste pour une démocratie radicale.

La ministre de la santé Marisol Touraine s'est empressée de commenter le bris de quelques vitres de l’hôpital Necker, tout en déclarant « apporter tout son soutien aux soignants ». Puis elle a appelé, au lendemain de la tuerie de Nice, ces mêmes soignants à se mobiliser alors qu’aucun d’eux n'avaient attendu son appel pour venir prêter main forte aux secours débordés. En revanche, lorsqu'un certain 13 novembre 2015, jour de grève nationale, les médecins ont suspendu leur mobilisation contre la loi dite « de modernisation du système de santé » afin d'apporter leur aide aux hôpitaux parisiens qui accueillaient les victimes des attentats, cette même ministre n’a eu aucun mot à ce propos : pis, elle a jugé bon de maintenir son projet de loi à l’Assemblée. Fin juin, à une semaine d’intervalle, à Toulouse et au Havre, deux infirmiers hospitaliers se sont donné la mort — dans les deux cas, suite à des restructurations de l’organisation du travail imposées par les conditions budgétaires dans lesquelles les hôpitaux évoluent actuellement, ce fut silence radio. Combien de temps encore allons-nous tolérer de voir le système de santé public être démantelé ? ☰ Par Sarah Kilani

HOPPORJuillet 2016. La mise en place des groupements hospitaliers de territoire a commencé : un pas de plus dans la destruction de l'hôpital public. Celle-ci est en marche depuis de nombreuses années déjà — les gouvernements successifs enchaînent les mesures de précarisation, conformément aux attendus néolibéraux : privatiser toutes les activités.

La cotisation sociale : une richesse qui échappe au contrôle capitaliste

La part du PIB destinée au profit n'a cessé de croître, pour atteindre aujourd'hui 40 % (le reste étant réparti entre les salaires directs des travailleurs, le revenu des indépendants et la cotisation sociale — cette dernière finançant l'immense majorité du système de soin français, via l’assurance maladie). La pression constante afin de baisser la part des salaires dans la répartition de la valeur ajoutée, depuis l'avènement néolibéral, s'est accompagnée de mesures visant à s'accaparer la part socialisée du PIB (la cotisation), qui échappe totalement au contrôle capitaliste, et donc aux profits (exception faite de la part de la cotisation sociale allouée au remboursement des médicaments vendus par les firmes pharmaceutiques et à l’achat de matériel médical auprès des multinationales — comme Bayer ou General Electric). Ces mesures ont pu exister grâce à une campagne d'endoctrinement, largement relayée par les médias, contre cette cotisation sociale et les services publics, notamment la santé. Les cotisations ont été rebaptisées « charges », le système de santé a été accusé de « coûter » et on ne présente plus le fameux « trou de la Sécu ».
« Les cotisations ont été rebaptisées "charges", le système de santé a été accusé de "coûter", on ne présente plus le fameux "trou de la Sécu". »
Une fois la plus grande menace pour le capital écartée, en 1967, c’est-à-dire la gestion de la Sécurité sociale par les représentants des salariés élus, a pu commencer en 1979 le gel progressif du taux de cotisation patronale. Puis, au milieu des années 1990, celui du taux des cotisations salariales. La part de la valeur ajoutée affectée à la masse salariale (renommée « coût du travail ») a commencé à décroître, faisant perdre à la Sécurité sociale plusieurs centaines de milliards d'euros : ainsi, alors que les comptes de la Sécurité sociale étaient à l'équilibre de 1945 à 1995, les années suivantes ont vu l'apparition de la dette baptisée « trou de la Sécu »1. D’autres réformes se sont succédé : l’augmentation des durées de cotisation antérieures exigées ; la fiscalisation, avec la Contribution sociale généralisée, depuis Michel Rocard ; la mainmise de l’État, du côté de son administration, avec, notamment, le plan Juppé. Tout était désormais prêt pour la seconde étape, celle qui imposa aux acteurs du système de santé de « faire des économies ». Car alors même que ces acteurs produisent de la richesse, et donc du PIB au même titre que le boulanger ou l'ouvrier mécanicien, la propagande capitaliste s'attache à leur nier cette production de richesse en les accusant de « coûter ».

La T2A : la logique productiviste et concurrentielle pénètre dans les hôpitaux

Alors que, de longue date, les hôpitaux publics étaient financés par une dotation globale forfaitaire (allouée à chaque établissement), la réforme de l'assurance maladie de 2004 a profondément bouleversé le fonctionnement des établissements de santé. La grande majorité de leur financement s'effectue désormais sur le principe de la tarification à l'activité (ou T2A) et dépend dès lors du nombre et de la nature des actes et des séjours réalisés2. À chaque acte correspond un code, lequel donne droit à un remboursement de la part de l’assurance maladie. Alors que tous les risques observés au cours des expériences étrangères furent annoncés par les groupes de travail3, cette réforme du financement des hôpitaux s’est poursuivie et s'est même accompagnée d'une dégradation importante de la qualité des soins — sans même parler des dérives majeures ayant trait à l'éthique médicale. Ce système pousse très fortement les hôpitaux à orienter leur politique vers une course aux actes lucratifs afin de leur permettre d'engranger de l'argent et de survivre. Les médecins sont incités à augmenter leur activité (notamment les chirurgiens et ceux qui ont une activité de consultation). Les dérives sont nombreuses et les patients opérés hors indications ne sont pas rares. Les activités peu lucratives et coûteuses pour les hôpitaux sont, de fait, délaissées.
Certains médecins, afin de faire survivre leur service, sont amenés à dépasser très largement les limites acceptables de l'éthique — en mettant en place des soins inutiles ou en maintenant artificiellement certains patients en vie pour pouvoir coder ces actes ou débloquer les enveloppes allouées à ce type de soins. Dans semblable contexte, l'ambiance entre les soignants s'avère rudement mise à l'épreuve. Afin de « récupérer des parts de marché » dans l'offre de soin, les hôpitaux se placent en concurrence directe avec les cliniques pour les actes lucratifs (notamment chirurgicaux). La concurrence a parfois même lieu au sein de l'hôpital, où certains services s'arrachent les activités lucratives — comme la greffe d'organe ! Les chirurgiens sont incités à augmenter leur activité alors même qu'une pénurie majeure d'anesthésistes sévit actuellement en France. Les établissements de santé s'arrachent alors ces spécialistes indispensables à la réalisation des actes chirurgicaux, parfois payés à prix d'or pour continuer à assurer l'activité des blocs opératoires. Mais la T2A désavantage nettement l'hôpital public par rapport aux cliniques puisque le premier gère les pathologies lourdes, assure une activité de recherche et d'enseignement et, en tant que service public, ne peut sélectionner ses patients.
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« Afin de "récupérer des parts de marché" dans l'offre de soin, les hôpitaux se placent en concurrence directe avec les cliniques pour les actes lucratifs. »
La procédure de codage des actes médicaux est complexe. Il existe des milliers de maladies, avec des stades de gravité différents, des milliers d’actes associés et donc des milliers de codes. Afin d'optimiser au maximum ce codage, de nombreux hôpitaux ont désormais recours à des « cabinets d’optimisation » — comme Altao. Ce sont des entreprises privées qui assurent, publicités alléchantes à l’appui, un meilleur revenu aux hôpitaux pour vérifier si des actes n’ont pas été oubliés ou mal codés4. Ce qui n’est pas sans poser problème. À Saint-Malo, le médecin-chef du Département d’information médicale (ou DIM, service notamment responsable du codage) s’est vu harceler puis mis au placard pour avoir refusé, en invoquant le secret médical, l’accès aux dossiers des patients à un cabinet de ce genre auquel la direction de l’hôpital avait fait appel. Ledit médecin a reçu le soutien de l’Ordre national des médecins et celui de la CNIL : ils confirment l’atteinte grave au secret médical. Mais rien n’y fait. La direction continue à fournir à Altao l’accès aux dossiers médicaux. Selon ce médecin, « c’est au total les données médicales nominatives de 120 000 séjours qui sont transmises à cette société d’optimisation. Elle a également pu consulter en toute illégalité et impunité près de 1500 dossiers de patients. Le directeur de l’hôpital commence alors une campagne de désinformation et d’ostracisation du DIM5 », qui, en plus de dénoncer la trahison du secret médical, met en évidence le sur-codage de la part de l’entreprise.
Plusieurs témoins, dans des hôpitaux différents et même d’anciens employés de ces entreprises privées, affirment l’existence d’une triche lors du codage visant à déclarer des actes non réalisés ou à aggraver l’état des patients afin d’arnaquer la Sécurité sociale. Un ancien consultant pour Altao rapporte avoir lui-même pratiqué le sur-codage. L’ancien chef du DIM de Saint-Malo évalue que parmi les millions d’euros de gains apportés par la société privée, environ 40 % proviendraient du sur-codage et seraient donc des escroqueries à l’assurance maladie6. Pour avoir mis à l’index cette pratique, l’équipe du DIM de Saint-Malo est harcelée : burn-out, arrêts maladie et demandes de mutation de plusieurs agents. En 2013, une enquête est finalement déclenchée par le CNIL et le rapport se montre accablant pour l’hôpital en question : le voici mis en demeure pour non-respect de la confidentialité des données de santé7. Malgré cela, rien ne change au niveau national. Le SNPHAR-E, un syndicat de médecins hospitaliers, porte plainte contre X pour violation du secret médical8 ; en dépit des preuves accablantes, le procureur de la République ne donne pas suite.

Une précarisation globale de l’hôpital

Les administrations traquent toute possibilité de recette ou d'économie en multipliant les rapports d'activité ou les études de taux d'occupation des lits. Les services de réanimation n'ayant pas un taux d'occupation maximal sont menacés de voir certains de leurs lits fermés. Il arrive alors que des patients hospitalisés soient gardés un ou deux jours de plus que nécessaire, avant leur transfert dans une autre unité, lorsque le service dispose de lits vides — et ce afin d'augmenter artificiellement son taux d'occupation et d'éviter à terme les fermetures de lits jugés pas assez rentables pour les administrations. Cela permet en sus de facturer un forfait plus rémunérateur que celui alloué pour une journée d'hospitalisation dans un service traditionnel. Ce système les incite parfois à exagérer la gravité de l'état des patients lorsqu'ils codent le séjour du patient, sous peine de ne pas voir débloquer le financement forfaitaire associé : en deçà d'un certain seuil de gravité du patient (score IGS2 inférieur à 15), quand bien même le service aurait pratiqué une surveillance ou des soins nécessaires, celui-ci n'est pas rémunéré. Les médecins sont prisonniers d'un dilemme omniprésent : tricher ou voir leur service ou une partie de leurs lits fermés — et ne plus pouvoir prodiguer de soins.
Les restrictions budgétaires ont mené à des restructurations qui ont détruit le principe de spécialisation des soignants à la faveur de la polyvalence, permettant de déplacer les paramédicaux d'une unité à l’autre. Malheureusement, les activités de soins sont fort différentes ; ce nomadisme est pourvoyeur d'erreurs, de stress intense et de dégradation de la qualité de vie au travail9. L'absentéisme, le burn-out et les suicides sont légion10. Les internes, main-d'œuvre bon marché, sont surexploités dans la plupart des CHU : des semaines de 60 heures en moyenne11, allant parfois jusqu’à 96 dans certaines spécialités, à certaines périodes de l’année, avec un repos de garde après 24 heures de travail respecté de manière très inégale. Si cette situation a toujours été pour les étudiants en médecine, le fonctionnement de certains hôpitaux, ne pouvant se permettre de recruter des médecins, est désormais totalement dépendant de ces jeunes encore en formation qui, bien souvent, effectuent le même travail qu'un médecin diplômé. Les tentatives de rappel des administrations à l’ordre et de légiférer sur le temps de travail des internes12 se sont souvent soldées par un échec. Pour cause : ces derniers ne dénoncent que très rarement leurs conditions de travail de peur de perdre des opportunités professionnelles (durant leurs études, ils sont mis en compétition pour l’accession aux postes très prisés de chef de clinique-assistant).
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Le nombre de soignant a été réduit, augmentant d'autant la charge de travail pour ceux qui restent et ne peuvent plus accorder beaucoup de temps à chaque patient. La qualité des soins s'est considérablement dégradée. Les soins de confort sont devenus un luxe. La qualité de la nourriture dans les hôpitaux s'est effondrée ; chose inacceptable : l’alimentation est la base de la santé et de nombreux patients sont hospitalisés pour dénutrition. Elle est même désormais rationnée dans de nombreux hôpitaux, parfois jusqu'à l'absurde — par exemple : lorsque les aides-soignantes reçoivent des consignes sur la délivrance de la quantité de café au millilitre près. Certains malades se font livrer de la nourriture par leurs familles. De nombreux hôpitaux de proximité ont dû fermer et les plateaux techniques ont été centralisés. De plus, les hôpitaux publics vers lesquels cette demande de soin a été réaffectée n'ont pas vu leurs effectifs médicaux augmentés. Alors que les médecins disposent d'une enveloppe annuelle pour leur formation continue, certains préfèrent se faire financer les congrès hors de prix par les laboratoires pharmaceutiques afin d'épargner ce coût à leur hôpital : cela génère les problèmes d'indépendance que l'on sait.
« Les médecins sont prisonniers d'un dilemme omniprésent : tricher ou voir leur service ou une partie de leurs lits fermés. »
La dégradation de la qualité de vie au travail pour les soignants a rendu l'hôpital public de moins en moins attractif, au profit, bien souvent, des établissements à but lucratif qui pour la plupart appartiennent à des groupes financiers. Cette fuite des médecins accélère non seulement la dégradation des soins, la quantité de travail, mais provoque aussi une baisse de la quantité des actes — et donc les entrées d'argent pour les hôpitaux. En 2009, la loi HPST, motivée par le désir de Nicolas Sarkozy de « mettre un seul patron à l'hôpital13 » a permis de renforcer la gouvernance exercée par les directeurs des hôpitaux en étendant leurs pouvoirs (par exemple : en confirmant l’organisation par pôles médicaux, dont les médecins-chefs ne sont ni élus, ni désignés par leurs pairs dont ils sont les représentants, mais sont nommés par le directeur de l’établissement, lui-même nommé par le gouvernement lorsqu'il s’agit d’un CHU). La souveraineté des médecins dans l’organisation du travail et la politique de l’hôpital a également été réduite par le cantonnement de la commission médicale d’établissement à un rôle purement consultatif. Cette loi prévoit que le directeur d’hôpital ne soit plus systématiquement issu de l'École des hautes études en santé publique ; il pourra être recruté sur CV, provenant du secteur privé — ouvrant davantage encore la porte à des personnes plus soucieuses de l’équilibre budgétaire ordonné par le gouvernement que des préoccupations médicales, notamment d’ordre éthique.

La loi Touraine : un voile jeté sur le financement de la santé et la rationalisation de la pénurie hospitalière

Avec la loi Touraine, un nouveau cap a été passé. Sous un prétexte totalement fallacieux d'accès aux soins, le tiers-payant a été généralisé : véritable cheval de Troie des mutuelles. Son opacité va pouvoir masquer aux yeux des citoyens une réalité qui ne se fera probablement pas attendre : le déremboursement progressif des soins par l'assurance maladie au profit des assurances privées. Le patient n’ayant plus à avancer le tarif des soins, il ne verra plus quelle part est prise en charge par l’assurance maladie et quelle part est remboursée par sa mutuelle. Le transfert du financement de la santé de la cotisation sociale vers les marchés privés peut commencer en toute discrétion. L’américanisation du système est en marche. Alors que le système de santé aux USA s'avère plus « coûteux » que le système français (18 % du PIB versus 11 %14), alors qu'il est bien moins efficace en terme d'égalité d'accès aux soins, qu'importe !, c'est vers lui que l'on tend désormais.
La loi Touraine impose également la création des groupements hospitaliers de territoire (GHT). La mise en place de ce projet, inspiré par le rapport Larcher de 2008 (remis sous la présidence de Nicolas Sarkozy), a débuté ce mois-ci et doit être abouti en 2021. Cette procédure prévoit la création de pôles d’activité clinique inter-établissements visant à « coordonner l’offre de soins ». Sauf que, dans le contexte de restrictions budgétaires, au nom de « l’optimisation » et de « la mutualisation des moyens »15, il ne faut pas douter que cela donnera lieu à la fermeture de certains services (songeons à l’activité de coronarographie, qui ne sera plus disponible dans tous les établissements). Le gouvernement attend de cette mesure au moins 450 millions d'euros d'économie. Dans cette logique de pôles inter-établissements, certains médecins deviendront nomades, devant se déplacer entre les différents hôpitaux du GHT afin d’assurer les soins ici et là. Ce qui ne sera pas sans poser des difficultés d’accès aux soins pour les patients qui devront se rendre dans un autre hôpital que celui à proximité de chez eux afin de pouvoir bénéficier de certains actes. En définitive, comme le craint le secrétaire général de la CGT du centre hospitalier d’Avignon, « il s’agira uniquement de rationaliser la gestion de la pénurie16 ».

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Vers une privatisation de la santé

Le fond de tout ceci, c'est que les technocrates européens ont comme volonté de privatiser le secteur de la santé. Les institutions de l’Union européenne qui ont cette année révisé à la baisse le budget de l’État français n'auront de répit qu'une fois les services publics définitivement anéantis. Ainsi, Manuel Valls a annoncé en mars 2015 qu'il comptait réaliser au sein de l'assurance maladie trois milliards d'euros d'économie en trois ans — dont 860 millions issus de la « maîtrise de la masse salariale ». En clair : la suppression de 22 000 postes dans les hôpitaux, soit environ 2 % des effectifs17. Un chiffre considérable lorsque l'on sait déjà dans quelles conditions travaillent certains soignants, alors même que les hôpitaux, de par le système de tarification, sont incités à augmenter leur activité. Travailler plus avec moins de moyens pécuniaires et humains : un véritable casse-tête chinois.
« En clair : la suppression de 22 000 postes dans les hôpitaux, soit environ 2 % des effectifs. »
Quand les hôpitaux seront définitivement précarisés et redevenus des dispensaires, comme avant la construction des CHU financée grâce à la cotisation sociale dans les années 196018, les patients n'auront plus que le choix de se diriger vers les cliniques pour se faire soigner. S'ils en ont les moyens. Car le gel des cotisations, la compression continue de la masse salariale, le chômage et les nombreux cadeaux de l’État aux entreprises en termes de cotisations patronales finiront par mettre à terre l'assurance maladie, au bénéfice des mutuelles qui auront la part belle. Mais le prix de celles-ci ayant vocation à exploser, seuls ceux qui pourront dans l'avenir s’en payer une de qualité auront un accès satisfaisant aux soins. L'avènement de la Sécurité sociale a permis une égalité d'accès aux soins jamais égalée dans l'Histoire — ni même dans aucun autre pays dans le monde. Le capital, par trop obnubilé par ses profits, n'a jamais su assurer correctement une mission de service public, que ce soit la santé, la vieillesse ou les transports. Que les médecins ne se fassent plus d'illusions : la sécurité de l'emploi et la liberté d'exercice dont ils disposent en France seront sans tarder balayées quand les mutuelles et les cliniques soumises aux objectifs actionnariaux de rentabilité seront reines. Les patients n'auront probablement plus le choix de leur médecins ; les mutuelles les dirigeront vers ceux avec qui elles auront passé des contrats aux prix qui leur conviendront. Et l'éthique médicale telle que nous la connaissons sera un lointain souvenir, et se verra totalement redéfinie.
En réalité, accuser les médecins pour leurs manquements, ou même les agents des administrations hospitalières, n’a pas vraiment de sens dans la mesure où ceux-ci — qui, pour la plupart, ignorent ce qui se joue depuis des années au niveau européen — ne font que tenter de faire survivre leurs services ou leurs hôpitaux. Les hommes ne sont que le fruit des structures dans lesquelles ils évoluent. Le serment d'Hippocrate nous dit : « Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. [...] J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. [...] Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. [...] Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j'y manque19. » Combien d'entre nous ont été amenés, consciemment ou non, à trahir ce serment suite aux injonctions qui sont, in fine, celles du capital ?

Toutes les photographies sont de © Sarah Kilani.

NOTES

1. L'enjeu de la cotisation sociale, Christine Jakse, Éditions du Croquant, 2012.
2. Loi n° 2003-1199 du 18 décembre 2003 de financement de la sécurité sociale pour 2004.
3. « La tarification à l’activité (réforme de l’allocation de ressources des établissements de santé), présentation des grandes lignes de la réforme », p. 27. Document réalisé par toute l’équipe de la Mission T2A sous la coordination de Christophe Andréoletti.
4. « Violation du secret médical : des sous-traitants privés ont accès aux dossiers des patients dans les hôpitaux », Le Canard enchaîné, 2 octobre 2013.
5. Intervention du Docteur Jean-Jacques Tanquerel, GLIERES, 1er juin 2014.
6. Témoignage d’un ancien consultant pour Altao et du Docteur Tanquerel, documentaire « Cash investigation - Santé : la loi du marché », diffusé sur France 2 en 2015.
7. https://www.cnil.fr/sites/default/files/typo/document/D2013-037_MED_CH_ST_MALO.pdf
8. http://www.snphar.com/data/upload/files/plainte%20penale%2001_10_13.pdf.pdf
9. « Le Havre : une infirmière de l'hôpital se suicide, après avoir mis en cause ses conditions de travail dans une lettre », France Info.fr, juin 2016. 
10. « Burn-out des professionnels de santé: «Si nous abandonnons, qui va nous remplacer? »20 minutes, février 2014. 
11. « Internes en médecine : Gardes, Astreintes et Temps de travail », étude de l’ISNIH. 2012-2013. 
12. https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000030295642&categorieLien=id
13. Cité dans La Tribune, 28 avril 2009, page 2.
14. http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/panorama2014.pdf
15. « Réforme hospitalière : le décret est publié, feu vert pour les GHT », Le Quotidien du Medecin, mars 2016.
16. « Hôpitaux. La refonte cassera bien plus que des vitres »Humanité dimanche, juin 2016.  
17. « 22.000 postes supprimés dans les hôpitaux d'ici fin 2017 », L'Obs, mars 2015. 
18. « Les cotisations sociales en sept questions », entretien avec Christine Jakse, Réseau salariat, novembre 2015. 
19. Voir la version complète ici : https://www.conseil-national.medecin.fr/le-serment-d-hippocrate-1311.

REBONDS
☰ Lire notre entretien avec Bernard Friot, « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire », septembre 2015
☰ Lire notre entretien avec Sofia Tzitzokou, pharmacienne grecque dans un dispensaire autogéré, juillet 2015

Amanita muscaria fête ses 25 ans


mercredi 24 août 2016

Pétition : Exigez le retrait des produits cancérogènes des rayons de Brico !

Brico persiste à vendre des produits à base de glyphosate - comme le RoundUp de Monsanto - et ce, malgré l’alerte donnée par l'Organisation Mondiale de la Santé qui estime que cette substance cause probablement le cancer pour les humains. Une honte...

Exigez le retrait des produits cancérogènes des rayons de Brico ! La santé ne doit pas passer après les profits.
Irresponsable ! Malgré les informations inquiétantes sur des produits tels que RoundUp - le pesticide favori de Monsanto - Brico, le leader belge du bricolage, n’a toujours pas retiré les herbicides cancérogènes de ses rayons.
Pourtant, la chaîne de quincailleries connaît le danger. Greenpeace Belgique mène depuis des semaines une formidable campagne pour le lui rappeler. Le glyphosate, substance active utilisée dans ces désherbants, est considérée comme une menace pour la santé humaine. Il a d’ailleurs récemment été classifié comme «cancérogène probable» par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Face au lobby de l’industrie du glysophate et des multinationales type Monsanto qui ne se soucient guère de la santé des consommateurs, ce sont les chaînes de distribution qui peuvent faire la différence ! Et si plusieurs magasins ont déjà retiré ces produits de la vente dans les pays voisins, Brico s’entête...au détriment du bien-être de ses clients.
Étonnant pour une enseigne qui prétend que sa valeur première est le «sens des responsabilités vis-à-vis des clients, mais aussi de l’environnement et de la communauté.» Vraiment ?
Demandez à Brico de mettre en application ses belles paroles en retirant les herbicides cancérogènes tels que RoundUp de ses rayons !
Le retrait de ces produits est d’autant plus indispensable que selon une récente étude réalisée dans plusieurs magasins en Wallonie et à Bruxelles, 60% des vendeurs qui ont recommandé l’utilisation d’un herbicide (même quand ce n’était pas approprié) ont dirigé les clients vers un glyphosate.
Ainsi, non seulement les désherbants cancérogènes sont maintenus à la vente mais surtout, on les conseille aux consommateurs sans les prévenir des risques majeurs pour leur santé. Le travail des 17 scientifiques indépendants de l’OMS qui ont étudié pendant plus d’un an les conséquences désastreuses de l’utilisation du glyphosate n’a visiblement pas été pris en compte par ces vendeurs !
Il est urgent que des chaînes telles que Brico prennent leurs responsabilités et proposent des alternatives sans danger à leurs clients ! Nous, consommateurs, devons les rappeler à leur engagement pour le développement durable.
Il y a quelques mois, 750 000 membres de SumOfUs obtenaient que les deux plus grandes chaînes de magasins de bricolage au monde, Lowe's et Home Depot, cessent de vendre des pesticides tueurs d'abeilles. Obtenons la même chose de Brico ! Non à RoundUp et aux produits cancérogènes !
Dites à Brico que les profits ne doivent pas passer avant votre santé et celle de vos proches.
Merci pour tout ce que vous faites,
Nabil, Fatah et le reste de l'équipe SumOfUs



Plus d'informations :
Vente de pesticides et protection des particuliers : les jardineries se prennent un zéro pointé !, Santé & Environnement, 14 juillet 2016
Des clients en action dans leur Brico contre RoundUp, Greenpeace, 28 mai 2016

lundi 22 août 2016

Venue de Valls à Colomiers : les socialistes de Haute-Garonne braveront les menaces de la CGT

Source : La Dépêche

Faute d'université d'été qui aurait pu constituer, fin août à Nantes, une cible pour les opposants à la loi El Khomri et à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, c'est à Colomiers que les réformistes du Parti socialiste vont se réunir le lundi 29 août pour une journée de travail sur le thème: "L'essentiel, c'est la République". Une semaine après la reprise du Conseil des ministres ce lundi, c'est donc depuis la banlieue toulousaine que Manuel Valls va sonner le tocsin de la rentrée politique avec, en ligne de mire, l'élection Présidentielle de 2017. Sur ces terres historiquement socialistes, le Premier ministre fera le déplacement accompagné du ban et de l'arrière ban des "Hollandais" du gouvernement et du PS: Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Audrey Azoulay, Guillaume Bachelay, Claude Bartolone, Pervenche Bérès, Jean-Christophe Cambadélis, Emmanuelle Cosse, Stéphane Le Foll,  Bruno Le Roux, François Rebsamen, Johanna Rolland et Didier Rolland doivent notamment faire partie de la délégation.
Un déplacement ministériel considéré par Cédric Caubère, secrétaire général de la CGT 31 comme "une provocation indécente". Dans une lettre ouverte diffusée le 18 août, le responsable syndical a d'ailleurs mis en garde tous ceux, élus départementaux de la majorité présidentielle en particulier, qui " participeront à l'offense en prenant part à ce rendez-vous politique". Si ce meeting est maintenu, "la CGT sera contrainte d'agir en fonction", a averti Cédric Caubère, sans plus de précision.
Les raisons de cette charge syndicale? "La promulgation de la loi El Khomri en pleine période estivale et sans aucun vote, la politique du gouvernement qui tente de casser tout ce pour quoi a combattu Georges Séguy, et les hommages du bout des lèvres de Manuel Valls et Myriam El Khomri à l'ancien secrétaire général de la CGT décédé le 13 août dernier", a-t-on pu lire dans le courrier du syndicaliste.
Georges Méric: "Soyons sérieux!"
Mais à l'évidence, il en faudra davantage pour décourager l'état-major socialiste départemental.
« Profondément attaché au droit de grève qui est un droit constitutionnel et au droit de manifester qui est présent dans la déclaration des droits de l’homme, j’ai toujours combattu les décisions visant à limiter ce droit et je continuerai à le faire. Pour autant, si manifester est un droit, il n'est pas permis d’interdire la tenue de réunions politiques, ni de dicter ou de menacer les élu(e)s de la République qui s’y rendraient", a ainsi répliqué Sébastien Vincini, le Premier fédéral du PS 31. 
Présidente du Conseil régional Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Carole Delga a quant à elle exprimé son étonnement devant les propos de Cédric Caubère. " Je ne vois pas en quoi l'organisation d'une réunion publique à Colomiers, ville natale de Georges Séguy, constitue une offense à la mémoire de l'ancien Secrétaire général de la CGT. Je ne veux pas entrer dans une polémique. Je suis un soutien du gouvernement et chacun le sait. Et j'ai rendu hommage à Georges Séguy", a rappelé Carole Delga.
Plus critique à l'égard des menaces proférées par le patron de la CGT 31, Georges Méric a dénoncé des "arguties" et appelé au "respect des valeurs républicaines"."Il y a des principes républicains qu'il ne faut pas transgresser. Les arguties que j'ai lues me paraissent superfétatoires. Le sérieux doit revenir. On peut discuter mais pas dans la polémique permanente. Je serai présent au meeting", a déclaré le président du Conseil départemental de Haute-Garonne.
LIONEL LAPARADE

“Ils ont tué la gauche”: le livre qui risque de faire très mal au gouvernement

Source : les Inrocks

S’agit-il d’un début d’inventaire qui s’annonce d’ores et déjà douloureux ? C’est le JDD qui révèle cette information dans son édition du 14 août. Ils ont tué la gauche, voici le titre du livre que s’apprête à sortir, chez Fayard, Pierre Jacquemain. Vous ne le connaissez probablement pas mais il s’agit tout simplement de l’ancienne “plume” de Myriam El Khomri et qui a travaillé un temps avec Clémentine Autain (porte-parole d’Ensemble !) L’homme a démissionné de son poste au ministère du Travail lors de l’ouverture des débats sur la très médiatisée loi Travail, en février dernier.
“Texte du Medef’
Après son départ, la parole libérée, il avait multiplié les interventions médiatiques pour dénoncer ce “texte du Medef” et accuser Manuel Valls et son équipe d’être derrière ce texte. Selon lui, Myriam El Khomri n’était qu’un prête-nom à la loi, ce qu’elle a d’ailleurs contesté par la suite. “C’est cette expérience désenchantée au cœur de la machine gouvernementale qui m’a donné l’envie d’écrire ce livre”, a expliqué Pierre Jacquemain au JDD.
Que contiendra ce livre ? Sur le site de Fayard, on peut y lire en présentation:
“Ils ont renoncé à faire ce pour quoi ils ont été élus : mener une politique de gauche. Peut-être parce qu’ils sont devenus de droite. Version naïve. Peut-être l’ont-ils toujours été. Version éclairée. Nos gouvernants ont cessé de faire de la politique. Ils gèrent le bien public, l’État, comme on dirige une entreprise. Il ne s’agit plus de rêver ou d’améliorer la vie des Français. L’heure est au pragmatisme, au ‘laisser faire, laisser passer’, au libéralisme.”
Fort de son expérience, Pierre Jacquemain promet de décrire “comment la technocratie a pris le pouvoir sur le et la politique”. Myriam El Khomri n’est pas épargnée. Elle est présentée comme “récitant les éléments de langage de Matignon, reléguée au rôle de figurante et condamnée – parce qu’elle le veut bien – à porter une loi qu’elle n’a ni pensée, ni rédigée. Pas même négociée”.
Sortie prévue le 24 août.

Turquie. Erdogan massacre les populations kurdes

Source : l'Humanité
 
De violents affrontements ont opposé lundi la police à des manifestants prokurdes qui dénonçaient le couvre-feu imposé à Diyarbakir, la grande ville à majorité kurde du sud-est de la Turquie.
Photo : Sertac Kayar/Reuters
Dans le silence assourdissant des chancelleries occidentales qui ne refusent rien à leur allié, membre de l’Otan, Ankara a lancé ses troupes au Kurdistan. Les couvre-feux sont imposés dans de nombreuses villes. Les forces spéciales sont en action contre le PKK, faisant de nombreux morts.
Qui ou quoi pourrait arrêter la Turquie de Reçep Erdogan ? S’abritant derrière son statut de membre de l’Otan, fort d’une reprise des négociations en vue d’une possible adhésion à l’Union européenne, satisfait du silence assourdissant des chancelleries occidentales, Ankara hausse la duplicité au rang de règle diplomatique. Mais pour l’heure, ce sont d’abord les populations du sud-est de la Turquie, c’est à dire essentiellement les Kurdes, qui font les frais de cette politique terrible, qui n’est pas sans rappeler les heures sombres de l’Empire ottoman et du génocide opéré contre les Arméniens.
Il est vrai qu’Erdogan et son premier ministre, Ahmet Davutoglu, ont annoncé la couleur depuis plusieurs mois. Utilisant les critiques de plus en plus fortes adressées au pouvoir turc sur, au minimum, la complicité avec les djihadistes de l’organisation dite de l’État islamique (EI, plus connu sous son acronyme de Daech), les deux hommes ont lancé une guerre contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui, à leurs yeux, représente « le » terrorisme. Entre le mois de juin et le 1er novembre, entre les deux élections législatives – manipulation visant à renforcer leur pouvoir –, ils n’ont eu de cesse de relancer une guerre contre les représentants du peuple kurde. D’un point de vue militaire contre la formation d’Abdullah Öcalan en multipliant les bombardements contre les bases du PKK, en Turquie même mais également dans les montagnes du Kurdistan d’Irak ou au Rojava (Kurdistan de Syrie) où les combattants du PKK sont venus prêter main forte pour libérer Kobané et une partie, en Irak, des Yézidis, soumis à la vengeance terrible de l’« EI ». Sur le plan politique, la répression s’est opérée en deux temps. D’abord en utilisant tous les moyens constitutionnels pour rendre le pays ingouvernable et en convoquant de nouvelles élections parce que le HDP (Parti démocratique des peuples) avait réussi à envoyer 80 députés au Parlement, en manipulant des groupes islamistes pour provoquer des attentats en Turquie même, à Suruç puis à Ankara, contre le mouvement kurde mais également contre la gauche turque.
L’Humanité, au mois d’août, avait rendu compte des premiers massacres perpétrés par l’aviation turque qui, en bombardant des villages du Mont Kandil (Irak), sous prétexte de bases PKK, tuait en réalité des dizaines de civils. Depuis la fin de l’été, dans nombre de villes du Sud-Est, la résistance s’est organisée. A Diyarbakir, par exemple, la grande ville kurde, le quartier de Sur s’est organisé pour empêcher la police, la gendarmerie et les forces armées d’entrer. Ailleurs, comme à Cizre, l’autonomie a été décrétée, provoquant la fureur répressive du pouvoir. Déjà ce qui, au départ, s’apparentait à des heurts s’était traduit par des morts, des blessés, des arrestations, des destructions de maisons. Le bâtonnier de Diyarbakir a été assassiné en pleine rue. Des militants ont disparu. Dans ces mêmes villes où nous nous étions rendus au mois de novembre, la population témoignait des exactions des forces dites de « sécurité », de l’imposition de couvre-feux, de la peur des enfants et même des massacres en cours.
Depuis quelques jours, les opérations militaires se sont aggravées. Diyarbakir est en état de siège. « Nous ferons tout pour faire de Cizre, de Silopi et de chaque portion de notre patrie une zone de paix, de stabilité et de liberté », a mis en garde mardi le premier ministre Ahmet Davutoglu. « Les terroristes seront éliminés de ces districts. Quartier par quartier, maison par maison, rue par rue », a-t-il ajouté. En 2011, lorsque le président libyen Mouammar Kadhafi avait lancé des menaces similaires, mot pour mot, les pays occidentaux avaient décidé de lancer une offensive militaire contre Tripoli. Aujourd’hui, de Paris à Berlin, de Londres à Washington, c’est le silence radio. Lui et l’ensemble de ses ministres parlent de « nettoyage », ce qui n’est pas sans rappeler les sommets de la répression coloniale aux quatre coins du monde. Ils ont ainsi fait voler en éclats les pourparlers de paix engagés à la fin de 2012 par le gouvernement islamo-conservateur d’Ankara avec le PKK, pour tenter de mettre un terme à un conflit qui a fait plus de 40 000 morts depuis 1984.
Huit membres du PKK ont été tués. Ces rebelles kurdes ont été « neutralisés » mardi à Cizre, dans la province de Sirnak (Sud-Est), a affirmé l’état-major dans un communiqué publié sur son site Internet. D’importants effectifs de l’armée et des forces spéciales de la police ont investi plusieurs villes soumises au couvre-feu, notamment Cizre, Silopi, Diyarbakir, Nusaybin et Dargeçit. De violents combats les opposent à de jeunes partisans du PKK et ont transformé des quartiers entiers en zones de guerre. Joints au téléphone, des habitants de Silopi et Cizre ont fait état de la présence de chars de l’armée et signalé des explosions et des colonnes de fumée. Député du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), Ferhat Encu a posté sur son compte Twitter des photos de soldats enfonçant la porte de l’immeuble dans lequel il se trouvait à Silopi. « Nous ne sommes pas en sécurité », a-t-il écrit. Selon l’agence de presse Firat News, un enfant de 11 ans a été tué lors d’une opération de l’armée à Cizre. Après plus de deux ans de cessez-le-feu, d’intenses combats ont repris l’été dernier entre policiers et soldats turcs et le PKK, faisant de nombreuses victimes. Trois policiers ont été tués et trois autres blessés mardi à Silvan dans une attaque à l’explosif attribuée au PKK, qui a visé un véhicule blindé. La veille, deux jeunes manifestants sont morts par balle lors d’affrontements avec la police alors qu’ils dénonçaient le couvre-feu en place depuis le 2 décembre dans le district de Sur, à Diyarbakir. Hier, dans ces villes, les images étaient terribles. Des centaines de personnes tentaient de fuir les combats et les centres-villes. Ceux qui ont décidé de rester, par impossibilité de départ mais souvent par volonté politique de ne pas céder à la pression militaire du pouvoir central, commençaient à stocker des provisions en prévision d’un siège qui s’annonce long et rude. Selon des données recueillies par la Fondation des droits de l’homme de Turquie, 52 couvre-feux ont été mis en place depuis la mi-août, dans sept provinces du sud-est de la Turquie. Ces mesures concernent au total 1,3 million d’habitants.

Bagdad a protesté contre 
une violation du territoire

Comment ne pas mettre en parallèle cette offensive d’Ankara avec l’entrée de troupes turques au nord de l’Irak et positionnées près de Mossoul ? Officiellement il s’agit d’entraîner des milices sunnites. Outre le fait que Bagdad a protesté contre ce qui s’apparente à une violation du territoire national (la Ligue des États arabes doit d’ailleurs se réunir le 24 décembre pour prendre un certain nombre de positions), il semble incontestable que le pouvoir turc cherche l’épreuve de force à l’heure où son rôle dans le renforcement de Daech apparaît de plus en plus clairement aux yeux du monde. L’Humanité avait déjà témoigné de la venue de troupes djihadistes à Kobané en provenance de Turquie. La destruction d’un avion russe il y a quelques semaines montre également combien Ankara préfère s’en tenir à une ligne de confrontation. D’autant que certains observateurs se 
demandent si le positionnement des troupes turques près de Mossoul ne masque pas, en réalité, la tentative de créer un corridor 
de sortie pour les combattants islamistes positionnés à Mossoul, alors que le siège de la ville est en train de s’organiser.

“Nulle part, en France”, le documentaire de Yolande Moreau sur les réfugiés

Pour la collection Réfugiés d’Arte, Yolande Moreau a filmé les migrants dans le nord de la France. A sa manière humble et radicale, à hauteur de regard. Diffusé en avant-première sur Télérama.fr cet hiver, ce documentaire éblouissant est à nouveau programmé sur la chaîne culturelle samedi 20 août, à 18h50, et en replay durant sept jours.
« Regardez-le s’en aller au loin, Spirit of France — l’esprit de France. La République a laissé tomber un peu d’elle-même dans la boue de Grande-Synthe. Ci-gît l’Europe et son concert d’égoïsmes. » Sur les flots de la Manche, le ferry de la compagnie P&O file à l’anglaise. Mais pour les réfugiés des camps environnants, le voyage n’aura pas lieu. Alors, la caméra se tourne longuement vers une fillette aux yeux tristes, qui patauge dans une flaque saumâtre. La voix reprend. « Ci-gît l’Europe, oui, si elle abandonne l’esprit pour embrasser la peur. » Ce timbre doux que transcende une perceptible colère, c’est celui de Yolande Moreau. Ces mots scandés, qui battent comme un ressac la mesure des images, ce sont ceux du romancier Laurent Gaudé, qu’elle a sollicité pour l’accompagner vers Nulle part, en France, sa première incursion hors du champ de la fiction.
Décembre 2015. Le téléphone sonne dans la maison de l’Eure où la comédienne et réalisatrice césarisée (entre autres pour Quand la mer monte, en 2005, et pour Séraphine, en 2009) partage son temps entre permaculture et projets d’écriture — elle travaille notamment à un long métrage sur les faussaires. Au bout du fil, Philippe Brachet, rédacteur en chef du magazine Arte reportage, lui dit qu’il la voit bien aller tourner, du côté de Calais et de Grande-Synthe, un film sur les migrants. Yolande Moreau tombe des nues : elle ne s’y voit pas du tout. « J’aime bien regarder des documentaires et il y a des gens qui font ça très bien, dit-elle en citant le travail d’Agnès Varda, qui lui confia l’un de ses premiers vrais rôles au cinéma, celui d’une bonne dans le court métrage 7 p., cuis., s. de b., … à saisir en 1984. Je ne comprenais pas : pourquoi moi ? »
Une bonne partie de la réponse réside sans doute dans la place omniprésente qu’occupent le nord de la France et les Flandres dans la carrière de cette native du plat pays. Pendant des années, elle y a promené son one-woman-show Sale Affaire, puis elle y a campé ses films… Et n’avait-elle pas ajouté son nom, à l’automne 2015, à l’appel de Calais paru dans les colonnes de Libération et signé par des centaines de personnalités du monde du spectacle ? Pour la convaincre, la chaîne franco-allemande dégaine, comme elle l’a fait pour les précédents contributeurs de cette collection, baptisée Réfugiés 1, une formule magique : carte blanche. Mais les promesses de liberté, tant sur le fond que sur la forme, ne sont pas suffisantes. « Quand on s’est rencontrées pour la première fois, dans un café à Paris, elle a été très cash : rien que l’idée de débarquer dans un camp avec une caméra la terrorisait », se souvient sa coréalisatrice et cadreuse Elsa Kleinschmager. C’est l’association au projet du photographe Gaël Turine, membre de l’agence Vu, meilleur ami de son fils et compagnon de route de Laurent Gaudé, qui lève finalement les dernières préventions de Yolande Moreau. Ce film, elle le fera donc à son image : humblement, doucement, mais non sans radicalité. « Quand on a en tête le rôle qu’elle tenait dans Les Deschiens, on peut facilement être tenté de l’imaginer foldingue, dit justement Elsa Kleinschmager. Ce n’est pas le cas. Moi, j’ai été très impressionnée par sa force de travail et son efficacité. Elle savait très bien ce qu’elle voulait. » 
Dès le départ, elle l’a décidé, il n’y aura pas de voix off, seulement les poèmes écrits en situation par Laurent Gaudé et lus par elle au montage — travail d’actrice qui lui a paradoxalement donné le plus de fil à retordre. Au deuxième jour de tournage, deuxième virage assumé : désormais, on ne filmera plus qu’en plans larges. « J’ai d’abord été assez dubitative, en me disant que ce n’était pas télégénique et qu’on n’était pas là pour faire du cinéma », reconnaît la cadreuse, ayant une longue expérience du reportage télévisé. « Elle aurait très bien pu faire un sujet dans la veine de Strip-tease, en tendant le micro à des Calaisiens et des Dunkerquois à bout de nerfs, en opposant les regards et en faisant monter la sauce, juge Elsa Kleinschmager. Elle n’a jamais voulu aller dans le noir et le blanc. Elle aime le gris, et cela vaut aussi pour les cieux. Un jour que l’on tournait, alors qu’il faisait grand beau et que le ciel était bleu, elle faisait la grimace, me disait qu’elle n’aimait pas, que c’était trop joli… Peu après, on a tout refait en gris ! »
Pudeur d’un regard dénué de toute velléité d’enjoliver, de surplomber ou de juger. «  Crapahuter toute la journée dans la boue et les excréments, c’est épuisant. Alors, dès qu’on se posait pour faire une scène, Yolande dépliait sa chaise. Et se mettait, de fait, à hauteur des réfugiés avec lesquels elle discutait », rapporte la cadreuse. Comment mieux rendre leur dignité humaine à ceux que l’on a vus errer au milieu des rats crevés et des poubelles que de commencer par les regarder dans les yeux ? Mais quand on lui parle de film militant, elle fronce les sourcils. Pourtant, sur les images qui défilent, la voix reprend : «   La France est peureuse et l’Europe tout entière prend des airs de fossoyeur. Mais ne nous y trompons pas : ce qu’on enterre avec nos bulldozers, ce ne sont pas les tentes des migrants, c’est la passion européenne. » Et cette voix, c’est la voix de Yolande Moreau.
(1) Un cinéaste, un écrivain, un photographe et un dessinateur de bande dessinée partagent leur regard sur un camp de réfugiés. Outre Yolande Moreau, Laurent Gaudé et Gaël Turine, l’écrivain Didier Daeninckx et le dessinateur Cyrille Pomès ont travaillé autour de Calais et de Grande-Synthe. A voir sur arte.tv/refugies 

Invisible Solar : la tuile en terre cuite à énergie solaire !

SOurce : PositivR

Cette nouveauté va modifier le rendement énergétique des édifices les plus anciens de notre patrimoine. Mais pas seulement, elle permettra de loger tous les habitants à la même enseigne. On ne pourra plus vous refuser d’installer des panneaux solaires sur votre toit. Attention, il s’agit bien sûr d’un certain type de panneaux solaires : des tuiles qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux tuiles traditionnelles en terre cuite.
Dyaqua, une entreprise italienne spécialisée dans l’intégration esthétique des énergies renouvelables, a développé un système photovoltaïque invisible à l’oeil nu. Son nom : Invisible Solar. De quoi s’agit-il ? C’est une tuile qui garde l’aspect traditionnel de la terre cuite, mais qui intègre les dernières nouveautés technologiques.

Source : Dyaqua
Source : Dyaqua
Quel est son intérêt ? Il n’est pas seulement esthétique. L’objectif principal de cette tuile est de proposer une solution utilisant les énergies renouvelables dans les centres historiques et pour rénover les monuments historiques. De cette façon, même les édifices les plus anciens et protégés par les architectes des bâtiments de France bénéficieront des avantages du solaire.
En France, d’après la charte qui régit les panneaux solaires, l’article 12 explique que leur implantation « peut être refusée  au motif de la protection du patrimoine bâti ou non bâti, des paysages ou des perspectives monumentales et urbaines. »

Source : Dyaqua
Source : Dyaqua
CertainCertains d’entre vous ont peut-être déjà été confrontés à ce problème. Vous souhaitiez installer des panneaux solaires et la mairie ne vous a pas accordé l’autorisation en raison de ce motif. Cette tuile est la bonne réponse à ce dilemme. De plus, son esthétique s’adapte selon les caractéristiques de votre région. Elle peut être produite à partir de l’argile locale. Le style provençal, par exemple, sera respecté sur la Côte d’Azur.
Commercialisée en Italie depuis le 1er juin, cette solution remporte un immense succès. Elle est attendue depuis plusieurs années pour rénover les centres historiques de villes comme Florence, Venise, la côte amalfitaine ou même Rome.

Source : Dyaqua
Source : Dyaqua

La tuile Invisible Solar a plusieurs fonctions : elle produit une énergie propre et renouvelable, elle imperméabilise et protège les habitations, elle purifie l’air des substances nocives et sa surface est autonettoyante !
Ce produit est fabriqué avec des matériaux non toxiques, naturels ou recyclés. Tous les éléments sont recyclables.
Cette vidéo explique comment ce système fonctionne et comment il s’installe sur les toits :
Sa superficie est opaque à la vue, mais transparente pour les rayons du soleil. Elle recouvre les cellules photovoltaïques sans limiter leur efficacité et en respectant les caractères esthétiques du patrimoine.

Source : DyaquaSource : Dyaqua
Son installation s’effectue simplement et ressemble à celle des tuiles traditionnelles en terre cuite. Elle permet de remplacer la couverture existante sans avoir besoin d’ajouter d’autres structures.
En Italie, la révolution énergétique des centres historiques est en marche. Il était temps. Un peu de patience encore et cette technologie traversera bientôt les Alpes. Plus on en parlera, plus vite elle arrivera !

dimanche 21 août 2016

Le corps de Hande Kader, héroïne de la Gay Pride retrouvé brûlé à Istanbul

 Source : Les InRocks

Les images de cette jeune femme transsexuelle bloquant les chars de police avaient fait le tour du monde. Le corps de la jeune Hande Kader a été retrouvé calciné, sur le bord de la route, dans un quartier résidentiel d’Istanbul. Elle était portée disparue depuis une semaine.
À 22 ans, la jeune femme qui gagnait sa vie comme travailleuse du sexe a été vue pour la dernière fois montant dans la voiture d’un client.
Hande Kader était devenue symbole de la résistance LGBT turque face à une homophobie de plus en plus décomplexée dans le pays. En juin 2015, après l’annulation de la Gay Pride quelques jours avant sa tenue, pour cause de Ramadan, de nombreux manifestants étaient descendus pour protester dans les rues de la ville. Il y avaient été réprimés à coup de canons à eau et gaz lacrymogènes.
Hande Kader avait été vue, filmée et photographiée à plusieurs reprise faisant face aux chars et aux membres de la police stambouliote, qui n’avait épargné ce jour-là ni les manifestants, ni les journalistes.
Un symbole de la lutte LGBT turque
Comme le soulignait Libération à l’époque, les manifestants “scandaient des slogans dénonçant le fascisme du régime du président”. Têtu indique qu’ils avaient réussi à partager quelques images via les réseaux sociaux, une tâche difficile compte tenu des habitudes du pouvoir qui coupe l’accès à tous ces sites en cas d’incident, “c’est à dire toutes les semaines”, ironisent Les Jours dans leur dossier sur le pays.
Un régime de plus en plus critiqué pour ses méthodes répressives et ses arrestations arbitraires, notamment depuis le coup d’état raté de juillet dernier, qui a mené à des dizaines de milliers d’arrestations parmi des juges, des universitaires et des opposants politiques entre autres.
Selon Bianet, près de 2000 transsexuels auraient  été assassinés dans le pays depuis 2008. 41, selon le Trans Murder Monitoring qui recense ces meurtres dans le monde entier. Les associations transsexuelles turques tentent de se faire entendre, et accusent le gouvernement de passer ces meurtres sous silence. La mort d’Hande Kader est en effet absente des grands médias turcs, mais les hommages sont rendus sur twitter.

Nucléaire : Au bord du gouffre, EDF fait un grand pas en avant

Source : le temps

Le Conseil d’Administration d’EDF a finalement donné son approbation au financement et à la construction des deux réacteurs nucléaires EPR à Hinkley Point, Angleterre. L’entreprise française surendettée va devoir récolter plus de 15 milliards € auprès des contribuables français pour débuter ce chantier.
De son côté, le gouvernement du Royaume-Unis a pesé sur le bouton « pause » afin de réévaluer les termes d’un accord qui produirait le kWh le plus cher du marché : 12,5 ct € et qui permettrait à la Chine d’entrer sur son marché et in fine de contrôler une énergie hautement stratégique.

Comment est-il possible que les 60 milliards € de dettes partagées entre EDF et Areva n’incitent pas le gouvernement français à plus de réalisme et de prudence financière, d’autant qu’il faudra, selon la Cour des Comptes, proche de 100 milliards € pour remettre à niveau les centrales françaises et pour trouver une solution aux déchets?
Faut-il aller chercher une explication dans l’histoire d’un peuple qui adule le panache des projets pharaoniques à la hauteur du prestige tricolore comme l’étaient le canal de Panama, le Concorde ou Eurotunnel? Des prouesses technologiques dont le fiasco économiques ont été à la hauteur des investissements.
Où alors cette décision montre l’impossibilité pour le Gouvernement d’abandonner ce projet sous peine de condamner la filière du nucléaire française pourtant débordée sa complexité technologique.

La Chine met une pression virulente sur l’Angleterre
Pendant que les membres du board approuvaient les 24 milliards € d’investissement partagés 2/3  1/3 avec son partenaire chinois, la China General Nuclear Power Corporation (CGN), ils ont été pris à revers par la nouvelle Première Ministre Anglaise Theresa May qui « se donne le temps de se pencher sur un dossier complexe et délicat » et retarde la signature de l’accord.
Sa réponse devrait arriver avant l’automne avec en arrière fond des questions cruciales: est-il raisonnable de laisser des capitaux chinois financer un projet aussi stratégique qu’une centrale nucléaire, EDF a-t-elle les capacités techniques de réaliser ce projet et faut-il renégocier les tarifs excessifs promis par David Cameron ?
Le chef du cabinet de la Première ministre, Nick Timothy, a exprimé de profondes réticences, jugeant « incompréhensible » que le Royaume-Uni accepte des investissements chinois dans son réseau d’électricité compte-tenu des risques en matière de sécurité industrielle.
De son côté, Pékin a déjà montré ses muscles en mettant une pression virulente sur la Première Ministre afin d’accepter l’invasion chinoise. L’accord propose aux Chinois d’investir 6,5 milliards € avec l’option de construire des centrales nucléaires 100% made in China sur le sol anglais.
Cette pression insupportable confirme les craintes que la Chine n’hésitera pas à s’ingérer dans les décisions du Gouvernement Anglais grâce à l’arme énergétique.
Ce comportement est un signal d’alarme fort, non seulement pour la Grande-Bretagne, mais pour tous les autres pays en passe de vendre leurs actifs énergétiques au pays du milieu.

Une énergie trop chère
La question fondamentale pour l’Angleterre est de savoir si le pays est prêt à payer 12,5 centimes € le kWh pendant 35 ans, alors que le coût marginal de l’énergie renouvelable est de zéro ?
Cet accord, négocié par le gouvernement Cameron avant la chute des prix de l’électricité et de l’arrivée massive du renouvelable, inquiète l’industrie et les consommateurs anglais qui seraient financièrement pénalisés.
L’Angleterre est l’un des seul pays membre de l’Europe à avoir totalement privatisé son marché électrique et se trouve déjà dans une position plus qu’inconfortable à la merci d’EDF, E-On ou d’autres géants étrangers qui maîtrisent l’électricité dans l’île.

France: La puissante Ecole des Mines
Pour la France, le choix du nucléaire est autant stratégique que philosophique.
Le puissant lobby de l’Ecole des Mines a érigé le secteur nucléaire au rang de Religion. Après des années de matraquages médiatiques et publicitaires, le peuple français a fini par plier et reste amorphe face aux dérives du secteur.
A ce jeu-là, aucun politique n’ose s’y affronter sous peine d’être immédiatement disqualifié. L’arrêt d’une centrale s’identifie trop à la fermeture d’une usine et à son cortège de chômage même si l’activation de l’énergie verte créerait bien plus d’emplois.
Sans courage politique et sans vision, le Gouvernement n’a qu’une seule option : la fuite en avant.

Un Employé du nucléaire a plus de poids qu’un employé de l’industrie
Alors qu’EDF et Areva sont en faillite, c’est l’Etat français qui va devoir ratisser dans ses actifs pour redresser la barre. Il a déjà annoncé qu’il allait vendre ses actions dans Peugeot/PSA et ses grands fleurons de l’industrie française, pour payer l’ardoise. L’employé nucléaire semble avoir plus d’importance que le salarié de l’automobile.
Une autre option serait d’ajuster les tarifs de l’électricité sur les coûts réels de production, mais là encore, aucun homme politique ne semble avoir le courage d’affronter la révolte assurée, même si in fine c’est le contribuable qui passe à la caisse. En réalité, la France peut se targuer de produire l’électricité parmi la plus chère d’Europe.

Nul ne sait si les EPR fonctionnent
A contre-pied de ses concurrents, Areva a conçu un réacteur surpuissant capable de produire le double d’une centrale conventionnelle. Aujourd’hui, l’agilité des petites installations sont préférées surtout que la pénurie d’uranium menace et que les énergies renouvelables, le gaz ou le pétrole sont financièrement bien plus avantageux.
Le plus surréaliste dans cette histoire, c’est que l’EPR n’a encore jamais été testé alors que les chantiers de Finlande et de Flamanville, France restent enlisés.
Les deux premiers réacteurs pourraient être démarrés en Chine, à Taishan. Le premier réacteur a été construit par Areva et le deuxième par les chinois avec tout le sérieux du « made in China ». A ce jour, aucun test avec du combustible nucléaire n’a été réalisé. Personne ne sait si ce système fonctionne et encore moins à quels coûts !
Au bord du gouffre, EDF fait un grand pas en avant: pour le meilleur ou pour le pire?

La Commission europeenne siffle la fin de partie pour l'aeroport de Notre-Dame des Landes

Source : Reporterre

Pour avoir fragmenté les études d’impact environnemental du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, la France se voit poursuivie par la Commission européenne, qui a engagé une procédure d’infraction au droit européen. Le Conseil national de protection de la nature a par ailleurs donné un avis défavorable à la destruction du campagnol amphibie. La légalité du projet d’aéroport a du plomb dans l’aile.
C’est sans doute le plus rude coup juridique qui est porté par la Commission européenne au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes : selon une information révélée hier par Presse Océan et confirmée dans la journée par plusieurs sources, la Commission a adressé une mise en demeure au gouvernement français.
Dans cette lettre, Bruxelles interroge la France sur "l’absence de certaines évaluations d’impact environnemental, qui doivent notamment faire figurer les effets notables probables sur l’environnement, y compris les effets secondaires et cumulatifs. Une telle évaluation aurait dû être établie au moins avant la publication des arrêtés de décembre qui permettent d’initier les travaux d’aménagement de l’aéroport du Grand Ouest et de desserte routière désormais à tout moment".
Certes, indique le document, non public, mais consulté par le bureau bruxellois des Echos, « le droit de l’Union européenne, notamment le droit de l’environnement, n’empêche pas la construction d’un aéroport ou de tout autre projet d’infrastructure ». Mais, la Direction générale Environnement de la Commission estime que les autorités françaises n’ont pas respecté les règles européennes, omettant de soumettre « à une évaluation stratégique environnementale les plans et programmes fixant le cadre pour la construction d’un aéroport », recensant notamment « les effets notables sur l’environnement, y compris les effets secondaires et cumulatifs ». Ceci aurait dû être fait pour « l’ensemble des infrastructures du projet d’aéroport Grand Ouest (c’est à dire : dessertes routières, tram-train, TGV) ».

En fait, explique à Reporterre Raphaël Romi, spécialiste du droit européen de l’environnement à l’université de Nantes, "la Commission a ouvert en 2012 une procédure contre la France parce que les études menées enfreignent la directive de 2001 sur l’évaluation environnementale : au lieu de procéder à des études globales, le gouvernement a ’saucissonné’ ou fragmenté les études d’impact".
Il aurait fallu fournir une étude globale des effets directs, indirects et cumulés du projet envisagé, ce qui n’a pas été fait.
Si la Commission lance maintenant, à quelques mois de son renouvellement, une telle procédure, c’est qu’elle a des arguments solides, pense M. Romi. L’Etat français a maintenant deux mois pour répondre. Mais selon le professeur de droit, "il ne sera pas possible de régulariser, c’est-à-dire de refaire une étude globale, en deux mois. En réalité, il faudrait procéder à une nouvelle enquête publique".
Le gouvernement serait certes en droit de passer en force, la procédure européenne d’infraction n’étant pas suspensive. Mais la position affichée par la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, est d’attendre "la fin des recours", ce qui devrait prendre… un certain temps.
Car outre cette procédure, de nombreux recours sont dans les tuyaux juridiques.
Le campagnol amphibie est toujours vivant

D’une part, la procédure suivie auprès du Parlement européen, à travers la Commission des pétitions, n’est pas close. Elle devrait reprendre à l’automne, lorsque le nouveau Parlement sera élu.
D’autre part, le Conseil national de protection de la nature (CNPN), organe consultatif du ministère de l’Ecologie, a donné début avril un avis défavorable à la demande de dérogation à l’interdiction de destruction d’espèce protégée, le campagnol amphibie, qui vit sur le site de la ZAD de Notre Dame des Landes. Avis donné à une large majorité : 10 avis défavorables, 7 abstentions et une non-participation au vote. Cet avis n’est que consultatif et le préfet de Loire-Atlantique pourrait prendre un arrêté de dérogation, ce qui ouvrirait juridiquement la voie au démarrage des travaux. Avis qui serait immédiatement attaqué devant le tribunal administratif. Des arrêtés de même nature ont été pris par le préfet en décembre dernier et sont eux aussi attaqués.
Considérant l’avis du CNPN et la procédure lancée par la Commission européenne, on peut penser que le tribunal administratif serait particulièrement attentif à tous les points de droit...
A Notre Dame des Landes, l’optimisme se porte bien.