lundi 23 avril 2018

Dans les Alpes, la solidarité avec les migrants l’a emporté sur la xénophobie

Source : Reporterre 


Samedi 21 avril, en plein débat parlementaire sur le projet de loi Asile et Immigration, le groupe d’extrême droite Génération identitaire a mené une action anti-migrants au col de l’Echelle, dans les Hautes-Alpes. Dimanche, militants italiens et français ont franchi la frontière au col de Montgenèvre pour mettre à l’abri une quarantaine de migrants à Briançon.
  • Briançon (Hautes-Alpes), reportage
À 1.762 mètres d’altitude, le col de l’Échelle (Hautes-Alpes) est le plus bas entre la France et l’Italie. Depuis bientôt deux ans, y compris en hiver alors que sa route est fermée, c’est un lieu de passage des migrants. Plus au sud, leur parcours est devenu très difficile par Menton ou la vallée de la Roya (Alpes-Maritime). Depuis ce week-end, l’Échelle est au cœur d’une bataille de symboles. Mi-décembre, 300 manifestants en faisaient l’ascension pour une « cordée solidaire », par moins 15 °C dans une neige abondante, pour alerter sur les dangers de la montagne auxquels s’exposent les migrants.

Ce samedi 21 avril, le groupe d’extrême droite Génération identitaire y débutait une opération de communication pour un tout autre message. Reporterre les a rencontré au petit déjeuner ce dimanche 22 avril, sur leur campement au milieu des montagnes encore enneigées. Sous un franc soleil, par une température déjà presque estivale, une trentaine de jeunes militants et militantes venues de toute l’Europe montent la garde le long d’une clôture de plastique orange. « Nous avons pris possession du col et matérialisé la frontière pour signifier aux migrants qu’ils ne doivent pas passer », nous explique Marc. Une frontière qui ne se situe plus ici, depuis que l’Italie a concédé à la France une partie de territoire au titre des réparations de la Seconde Guerre Mondiale. Elle est depuis plus à l’est et bien plus bas, autour du bourg italien de Bardonecchia.
« L’Europe aux Européens. L’Europe n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde... », la suite de l’argumentation détaillée par un autre membre du groupe, prénommé Aurélien est un enchaînement des idées d’extrême droite. « Beaucoup d’habitants nous soutiennent et nous ont remerciés », nous assure Marc. Une affirmation qui tranche avec la réputation solidaire de Névache envers les exilés. « Il y a d’énormes richesses d’un côté. Les migrants cherchent à échapper aux misères du monde », dit Michel, habitant solidaire que nous avons rencontré en montant au col de l’Échelle.
Dans la bouche des Identitaires, la police serait absente de cette frontière. Pourtant les témoignages d’habitants font entendre un autre son de cloche. Comme celui du maraudeur Benoit Ducos, qui a sauvé une femme migrante enceinte de 8 mois de la tempête au col du Montgenèvre le 10 mars. Les patrouilles de la gendarmerie et de police aux airs et aux frontières (PAF), jusqu’en motoneige sur les pistes de ski du domaine transfrontalier de Montgenèvre sont bien présentes, dit-il. Au col de l’Échelle, elles reprendront en 4X4 une fois que la circulation sera à nouveau ouverte.
Panneau renversé par un éboulement sur la route du col de l’Echelle.
La présence policière oblige les migrants à toujours plus de risques. En mars 2016, Mamadou, un jeune Malien, a eu ses pieds gelés après avoir erré dans la neige. Ce fût l’un des premiers d’une longue liste de personnes gelées. Le 19 août, deux Guinéens ont dévissé de 40 mètres du haut d’une falaise en essayant d’échapper aux gendarmes. L’un est passé par une longue période de coma. Ils s’en sont tirés tous les deux. Pour Bastien, un soutien des migrants rencontré le 21 avril au Refuge, lieu de premier accueil mis-à-disposition par la communauté de communes à Briançon, « c’est la répression qui crée le danger pour les exilés. S’il n’y avait pas de répression, il n’y aurait pas d’accident ».

L’État a toléré le blocage du col de l’Echelle par l’extrême droite

Le coup de communication de Génération identitaire a fait parler jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale, réunie pour débattre et voter la loi Asile immigration. Jean-Luc Mélenchon a protesté : ils « se sont autorisés à aller à la frontière repousser dans la neige de pauvres gens […]. Nous demandons au ministre de l’intérieur ce qu’il compte faire pour empêcher que dorénavant les frontières soient protégées par les amis de Madame Le Pen ».
Réponse du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb : « C’est de la gesticulation [des Identitaires] que nous condamnons. Il ne règne qu’une seule chose, le droit, l’ordre républicain, que nous garantissons partout ».
Dans les Alpes dimanche matin, les Identitaires persistent. « Par cette action, nous montrons que 100 gamins peuvent contrôler le col. L’État peut donc le faire », nous dit Aurélien. Il confirme que son groupe a bien choisi ce week-end pour peser sur le débat parlementaire. « En politique rien n’est dû au hasard », dit-il fièrement. Sur les coups de midi et demi, le camp est démonté. Au bas du col de l’Échelle, non loin du village de Névache, les gendarmes laissent aux militants le temps d’une dernière séance photo. Au moment de la pose, Reporterre ne compte que 50 protestataires, soit moitié moins que revendiqué par le groupuscule.
Une opération de communication de Génération identitaire
Puis le gradé des gendarmes assure « entre guillemets, une sorte d’escorte » pour raccompagner les militants d’extrême droite en dehors du département, « en évitant toute confrontation » avec les militants anti-fascistes qui se rassemblent sur le versant italien du col de Montgenèvre. « Éviter tout trouble à l’ordre public et garantir le respect du droit » a été le leitmotiv de la préfecture des Hautes-Alpes tout le week-end. Écoutez sur ce point Jean-Bernard Iché, le Sous-préfet de Briançon.
- Ecoutez M. Iché :
Jean-Bernard Iché, le sous-préfet des Hautes-Alpes
L’eurodéputé de Turin, Daniele Viotti, a fait le déplacement à Névache pour constater. Si pour ce membre du Parti Démocrate (gauche), « on doit être libre de manifester, il est inacceptable que des citoyens érigent des fausses frontières et s’arrogent le droit de contrôle ». Il va interpeller la Commission européenne sur ses observations de ce dimanche.
« Que se serait-il passé si ces fascistes avaient rencontré des migrants ? », interroge l’eurodéputé. Fort heureusement, à cause d’un enneigement qui reste exceptionnel, le col de l’Échelle n’est pas encore emprunté par les exilés. Ce que nous confirme Paolo Narcisi, de l’association Raimbow 4 Africa, qui gère un lieu de soutien aux migrants à Bardonecchia, en Italie. « Nous les avons dissuadé d’emprunter le col depuis le début de l’hiver, à cause des dangers de la montagne. Aujourd’hui, aucun migrant n’a eu affaire aux Identitaires », dit-il. Les « défenseurs de l’Europe » n’auraient donc « repoussé » personne, contrairement à leurs affirmations. Pour Paolo Narcisi, leur action n’est « qu’une démonstration pour journalistes ».

« Nous n’avons pas abandonné nos montagnes, ni aux fascistes, ni à la police »

La réponse à cette offensive de communication, est venue de la part des soutiens des migrants à 14h ce dimanche 22 avril, alors que quelques skieurs frayaient encore sur les pistes de Montgenèvre. Ils peuvent glisser comme bon leur semble de la France à l’Italie et de l’Italie à la France. Sur le domaine skiable, une quarantaine de migrants, entourés de près de 120 soutiens italiens et français marchent le long de la seule route qui relie Turin à Briançon.
Pour le militant de l’association Tous Migrants, Benoit Ducos, il s’agit de « répondre à ces gens, [les Identitaires], en défendant les droits fondamentaux, ceux de la déclaration de l’Homme, qui assurent le droit d’asile dans le pays de son choix  ». La manifestation passe devant le poste frontière sans que les fonctionnaires de la Police aux frontières (Paf), peu nombreux, ne puissent intervenir. Puis elle s’engouffre dans un tunnel routier. A la sortie, un cordon d’une vingtaine de gendarmes en tenue anti-émeute l’attend. Les manifestants contournent le cordon par un talus enneigé. Enfin, après une petite bousculade avec les gendarmes, ils parviennent à poursuivre leur chemin sur la route de Briançon.
Bousculade à Montgenèvre
Après des heures de marche sous la surveillance des forces de gendarmerie, les manifestants parviennent à rejoindre Le Refuge, lieu de premier accueil à Briançon, aux cris de « Liberta, liberta ». Soulagement pour les migrants. Mattias, qui vient du Cameroun, se dit « fier d’avoir échappé à beaucoup de choses », sur tout son parcours de migration. Alex, originaire du Sénégal, n’a pas trouvé de « solution d’asile en Italie ». Il espère que ce sera le cas en France. Briançon, dont 2 % des habitants seraient des « aidants », ce qui représente 250 personnes au quotidien, offre un nouveau départ. « Nous n’avons abandonné nos montagnes ni aux fascistes, ni à la police », se réjouit Agnès, militante de Tous Migrants. « Ensemble, Italiens et Français, nous rappelons que l’esprit montagnard n’a pas de frontière », poursuit-elle. « Ils voulaient fermer la frontière. Nous, on va l’ouvrir », dit Lisa qui s’investit dans le squat Chez Marcel. Ce dimanche, comme beaucoup d’autres avant eux et beaucoup qui suivront, 40 exilés sont placés sous la protection des citoyens de Briançon.

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Lire aussi : Chez Marcel, havre autogéré sur la route des migrants
Source : Pierre Isnard-Dupuy pour Reporterre
Photos : © Pierre Isnard-Dupuy/Reporterre
. chapô : Militants italiens, français et migrants, passant la frontière sur les pistes de ski à Montgenèvre.

 Documents disponibles

  Jean-Bernard Iché, le sous-préfet des Hautes-Alpes

La police rappelle à l'ordre les fauteurs de trouble grâce à des haut-parleurs fixés aux caméras

Source : La Dépêche

Sécurité

Les hauts-parleurs sont couplés aux caméras de vidéosurveillance./ Capture Facebook Antoine Minh
Les hauts-parleurs sont couplés aux caméras de vidéosurveillance./ Capture Facebook Antoine Minh
Surprise pour un Toulousain qui, d'après son récit, buvait une bière place de la Daurade jeudi dernier dans la journée. Une voix comme tombée du ciel s'est soudain faite entendre pour lui demander de "quitter les lieux en menaçant d'envoyer la police municipale". Vérification faite, la voix provenait d'un haut-parleur installé à côté d'une des caméras de videosurveillance de la ville sur un des poteaux de la place, près des jeux pour enfants. "La technologie, c'est formidable! Big brother is watching you", a commenté sur Facebook ce Toulousain en racontant sa mésaventure.
Selon un arrêté municipal, il est en effet interdit de consommer de l'alcool sur la voie publique et cet homme se trouvait donc en situation d'infraction.
Interrogé, le Capitole confirme la mise en place depuis septembre 2017 d'un tel système dont l'existence n'avait jamais été divulguée. Limité aujourd'hui à deux haut-parleurs à la Daurade, couplé à la vidéosurveillance, le dispositif "permet aux agents depuis le PC vidéo de repérer une situation jugée dangereuse et de diffuser un message ou un rappel à la règle", indique la mairie.
Le rappel à la règle concerne les infractions liées "aux nuisances nocturnes" principalement. Il y en aurait, toujours selon la mairie, deux à trois par soir, soit une quinzaine par semaine. Ce sont les agents du PC qui interviennent eux-mêmes au micro.
"Ça surprend", ont observé ces agents qui constatent que les intéressés, interloqués, "obtempèrent", et qui estiment du coup le système "redoutablement efficace". Au Capitole, l'extension des haut-parleurs à d'autres sites de la ville serait donc envisagée.

samedi 21 avril 2018

Coordination des luttes ce week end à Paris 8

Programme de la Coordination des luttes Paris 8


"Il y a un immense enjeu à lier les initiatives autonomes de ce début de mobilisation.

La Coordination Nationale des Luttes de ce week end, qui se tient à Paris 8, à l’ambition d’être une étape vers cette tentative.

Ici, pas d’ag interminables, pas de mandat, pas de votes.

Les temps collectifs entre les ateliers et à la fin, seront court et non-décisionnaires

Se rencontrer, partager les expériences, se regrouper par envie s’Organiser.

Voilà ce que nous espérons pour cette journée.
Ce samedi 21 avril à l’université Paris 8, doublement occupée, se tient une coordination des luttes.

La journée sera divisée en deux temps, avec une matinée consacrée à des discussions et l’après-midi à des ateliers.

Voilà le programme de la journée :

****Toutes les personnes, organisations et collectifs sur lesquelles pèsent des accusation d’agression ou de viol ne seront pas les bienvenues et aucun comportement opressif (raciste, sexiste, homophobe, transphobe etc.) ne sera toléré****
10H : rendez vous dans l’amphi B2 pour une courte présentation de la journée.
11h-13h : Groupes de discussions de la matinée :
  • Vivre l’occupation
  • Luttes antiracistes - luttes totales
  • Répressions - manifestations - cortège de tête :
  • Formes et affects : comment composer et se coordonner avec les autres
13h-15h : Banquet (merci de tous et toutes apporter de quoi remplir le banquet... on aura pas trop les forces malheureusement...)
Temps de non-mixité sans mec cis. De plus, si au cours de la journée on se rend compte que c’est nécessaire de se réunir en non mixité pour gérer une urgence, ça sera possible évidemment.
15h-16h : temps collectifs, résumé et compte rendu des groupes du matin qui le souhaitent
16h-18h : ateliers
  • Comité du 5 mai, comment les utiliser ?
  • Atelier construction cabanes et autres (apporter du matos !)
  • Se coordonner et inventer de nouvelles formes : quelles moyens ?
  • 1000 nouvelles actions à inventer
  • Blocage-manifestation-occupation : comment se renforcer ?
19h-... : Retrouvailles collectives pour....
Big jam dans la pelouse de l’université (apportez vos instruments)

P.-S.

N’oubliez pas d’apporter à bouffer ! (il y a un franprix à côté ;))

mercredi 18 avril 2018

Augmenter les loyers, privatiser les HLM : Macron va-t-il aussi exaucer les vœux des gros propriétaires immobiliers ?

Source  : Basta

Emmanuel Macron prétend incarner une politique résolument moderne. Pourtant, les réformes économiques et sociales que le gouvernement mène au pas de charge, sont à bien des égards issues de « l’ancien monde ». C’est ce que décrypte l’ouvrage collectif « L’imposture Macron » coordonné par l’association Attac et la fondation Copernic et publiée ce 18 avril par les éditions Les liens qui libèrent. Dans le domaine du logement, comme dans les autres, le pouvoir actuel favorise les plus riches, sur le dos des moins fortunés. C’est le fonctionnement régulier du marché immobilier, et non sa pseudo-crise, qui génère des pénuries et les galères qui vont avec, en même temps que d’incroyables profits. Extraits.
En France, 896 000 personnes sont privées de logement personnel. Plus de 60 000 ménages prioritaires selon la loi « Droit au logement opposable » (Dalo) ne sont pas relogés. 100 000 individus vivent en camping ou mobil-home, expulsables sans préavis, soumis pour l’eau et l’électricité à des tarifs d’usuriers [1]. Notre pays compte 143 000 SDF qui vivent dans des cartons, des cages d’escalier, des entrées de parking ou dans le métro. Entre 2012 et 2016, 13 371 sans-logis sont morts dans la rue, invisibles, anonymes. Pas d’éditions spéciales de journaux télévisés. Aucune minute de silence. En centres d’hébergement, l’hiver dernier, 55 % des demandes n’ont pas abouti et 63 % l’été. À Paris, moins de 10 % des appels au 115 reçoivent une solution.

Se plaindre de la « crise » du logement n’a pas de sens, c’est le fonctionnement régulier du marché immobilier

Pourtant, les locaux et logements vides abondent. En 2011, l’INSEE dénombrait, 2,4 millions de logements ou locaux vacants en France, dont 500 000 rien qu’à Paris, Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Lille, Montpellier. Les deux tiers de ces habitations appartiennent à des personnes morales et un tiers à des particuliers. Avec un tel volume, difficile d’imaginer qu’un programme, même limité, de réquisitions ne puisse pas accueillir les 143 000 sans-abri et 60 000 « Dalo ». Se plaindre de la « crise » du logement n’a pas de sens. C’est le fonctionnement régulier du marché immobilier, et non sa pseudo-crise, qui génère des pénuries et les galères qui vont avec, en même temps que d’incroyables sur-profits.
De 1978 à 2009, le total des profits liés aux activités immobilières a été multiplié par 3,5 [2]. Alors que le PIB progressait de 14 %, la masse des profits de 17 %, les profits immobiliers engrangés par les entreprises ont gagné 90 % [3]. Énormément d’argent donc, amassé sur le dos des locataires et par spéculation, en laissant les plus fragilisés à la rue. Aujourd’hui, 4,2 millions de personnes consacrent plus de 40 % de leurs revenus pour se loger.

L’appel d’Emmanuel Macron aux propriétaires n’a « rien provoqué »

En 2017, pour l’hébergement d’urgence, le gouvernement a débloqué 212 millions d’euros. Peanuts : la somme ne couvre même pas les dépenses réellement consommées en 2016, et la dotation prévue pour 2018 est inférieure de plus de 40 millions à celle de 2017. Le secteur du logement semble avant tout pour Édouard Philippe, un filon pour effectuer des économies budgétaires. Et même pire. Au 1er octobre, les APL (dont bénéficient 6 millions de personnes en France) ont été réduites de 5 euros, soi- disant pour freiner la dégradation du budget de l’État. Mais la suppression de l’ISF a fait gagner à Bernard Arnault une fois et demi le montant des économies réalisées par cette baisse de 5 euros !
Cynisme rare, Emmanuel Macron appela les propriétaires à baisser leurs loyers de cinq euros, pour aider les locataires aux APL réduites. Selon le directeur du réseau d’agences immobilières ERA Immobilier, cet appel n’a « rien provoqué, le gouvernement ne fait pas entrer cette mesure dans la loi, les propriétaires n’ont donc aucune obligation ». Idem à l’Union nationale des propriétaires immobiliers. Le président de la chambre de Bordeaux indique qu’aucun propriétaire n’a bougé : « Ça m’aurait fait rire, les propriétaires n’ont aucune raison de faire cela »  [4] Ces 5 euros en moins, précisa le gouvernement, face au tollé provoqué, ne concerneront pas les bénéficiaires des APL logés en HLM.

La privatisation du secteur public du logement déjà amorcée va ainsi s’accélérer au grand bonheur des « investisseurs »

Certes, mais un tiers seulement des bénéficiaires des aides au logement sont dans le parc public. Par ailleurs, le gouvernement, tordant le bras aux organismes HLM, leur a imposé de compenser cette baisse par une diminution équivalente de loyer. Résultat final : une perte de budget d’environ 1,5 milliard d’euros pour les organismes HLM. Ce qui aura des répercussions négatives sur les locataires. Car s’amoindrira immanquablement l’investissement des bailleurs sociaux pour construire de nouveaux logements très sociaux, et rénover ou entretenir les anciens, qui en ont fort besoin.
La politique gouvernementale est simple. Elle parie que le manque à gagner forcera les bailleurs sociaux à vendre plus de logements. Les organismes HLM en vendent environ 8000 par an. Le gouvernement les encourage à en rétrocéder entre 20 000 et 40 000 au privé. La privatisation du secteur public du logement déjà amorcée va ainsi s’accélérer au grand bonheur des « investisseurs ». Et puis, les prix pour se loger baisseront, assure Edouard Philippe, grâce au « choc de l’offre » qu’il va produire, et qui relancera comme jamais la construction. Sauf que cela ne fonctionnera pas. Même en triplant la construction, la production de logements neufs dépassera à peine 1 % à 2 % du stock de logements, ce qui reste très insuffisant pour peser sur le marché et les loyers. Historiquement, d’ailleurs, les pics de production de logements (plus de 400 000 en 2006, 2012 et 2017) n’ont jamais fait diminuer les loyers.
Last but not least, l’avant-projet de la loi sur le logement (prévue au printemps 2018) prévoit, pour tous les locataires de meublés, la création d’un « bail mobilité », d’une durée d’un à dix mois, révocable ensuite [5]. Les associations de locataires craignent évidemment une généralisation de ce bail, ajoutant de la précarité à la situation des locataires. L’Union nationale de la propriété immobilière, quant à elle, se frotte les mains, puisqu’elle plaide pour ce type de bail depuis longtemps.
Coordination de L’imposture Macron : Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa, Aurélie Trouvé.
Photo : Jeudi 8 mars, ouverture d’un nouveau lieu pour les personnes à la rue, à Nantes. Il s’agit d’une ancienne maison de retraite publique, équipée et fonctionnelle, vide depuis des mois / CC ValK
L’imposture Macron, Un business model au service des puissants, 192 p, 10 € (voir ici)

Notes

[1Voir C. David et P. Lacoste, « Habiter dans un camping. Pratiques et abus en France », Cité Gouvernance Territoires, 2012.
[2En monnaie constante (hors inflation donc)
[3Voir l’étude de P. Concialdi in C. Le Strat, J-B. Eyraud, W. Pelletier (coord.), En finir d’urgence avec le logement cher, chap.6, Notes de la
Fondation Copernic, Paris, Syllepse, 2013.
[4Huffington Post, 14 octobre 2017.
[5Le bail de droit commun est jusque maintenant d’une durée minimum de trois ans si le propriétaire est un particulier.

Autour de la Zad, la bataille politique de la propriété privée

Source : Reporterre

À Notre-Dame-des-Landes, l’État veut récupérer le contrôle de terres. Il délégitime les revendications zadistes au nom de la propriété privée. Reporterre met en perspective cette notion inséparable du capitalisme.
« Barrez-vous, c’est pas chez vous, ici ! » Ce mardi, au 9e jour de l’opération militaire sur la Zad, l’ardeur des militants à protéger « leur » territoire face à l’État et ses représentants armés ne faiblissait pas.
Pourtant, depuis l’abandon officiel du projet, le 17 janvier, il n’est pas rare d’entendre d’anciens opposants au projet d’aéroport critiquer les zadistes : maintenant qu’ils ont gagné, ils devraient retourner à une vie normale, dans les règles, et n’auraient plus rien à faire sur des terres qui ne leur appartiennent pas. Car, c’est bien l’État qui est propriétaire des terres occupées, et n’est-il pas logique qu’il cherche à remettre la main sur l’usage qui en est fait ?
Juridiquement, il est difficile de soutenir le contraire. Mais pas du point de vue de la légitimité : les zadistes ont contribué à défendre et à sauver ces lieux du bétonnage, ils devraient pouvoir continuer à y vivre et travailler. Maeva a habité quelque temps sur la Zad, et vit aujourd’hui en squat, près de Bordeaux. Selon elle, « on peut être légitimement occupant, habitant, autrement que parce qu’on a de l’argent. Quelqu’un qui vit sur un terrain qu’il connaît comme sa poche, le cultive, est plus légitime que quelqu’un qui arrive avec plein d’argent ».

« En France, on croit que la propriété privée a toujours existé »

Depuis quelques années, la notion de « communs » fait son retour. Il s’agit de concevoir des formes d’organisation selon lesquelles la propriété ou les droits d’usage sont collectifs. Reporterre avait d’ailleurs imaginé que Notre-Dame-des-Landes, débarrassée d’aéroport, devienne un bien commun. Or jusqu’ici, l’État refuse tous les projets qui ne sont pas individuels, y compris ceux portés par un collectif d’habitants (comme l’a montré l’expulsion des Cent Noms, mardi dernier). Comment expliquer cette raideur institutionnelle ?
Pour Étienne Le Roy, professeur émérite d’anthropologie du droit à Paris 1, et ancien directeur du Laboratoire d’anthropologie juridique de Paris, « l’inculture générale des Français est incroyable ». « On croit que la propriété privée a toujours existé, alors que, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle en France, il y avait des propriétaires, mais pas de régime juridique organisé de propriété », rappelle-t-il.
Selon lui, nous, Occidentaux, serions tellement convaincus de la supériorité de notre modèle d’organisation, fondée sur la propriété privée, que nous aurions absolument oublié qu’il en existe d’autres. « Au moins un tiers de l’humanité continue à vivre avec des principes d’organisation qui n’ont rien à voir avec ce qu’on entend : une grande partie des sociétés africaines continuent à organiser leur vie économique, sociale et politique selon des principes immémoriaux et infiniment plus efficaces que ce que l’on croit. »
Dimanche 15 avril, sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.
Même constat pour Grégory Quenet, professeur d’histoire de l’environnement à l’université de Versailles-Saint-Quentin. « Il n’y a pas de système de propriété unique et intangible », affirme-t-il. Pour preuve, il cite différentes formes de communs. Par exemple la pratique des assolements, un système agricole où les cultures et leurs rotations étaient décidées par la communauté et ensuite imposées aux cultivateurs. « On était propriétaire de sa terre, mais on ne décidait pas de ce qu’on y produisait », explique Grégory Quenet.
Autres exemples, les cas d’appropriation des terres d’autrui : « Lors des colonisations, il a fallu justifier l’accaparement des terres. En Amérique, les puritains anglais ont pris la terre des Indiens en disant : “Ils ne travaillent pas la terre, ne créent pas de richesse.” » À chaque fois, précise Grégory Quenet, le nouveau régime de propriété est garanti par une souveraineté, un système de pensée ou de croyances (en l’occurrence, la Couronne d’Angleterre).

« Une sorte de colonisation intérieure » menée au nom de l’État de droit

Au XXe siècle encore, le discours colonialiste et libéral cherchait à discréditer la propriété collective et les communs. Avec deux arguments : leur inefficacité en matière de rendements, et l’anarchie qui en résulterait. En 1968 paraît un article qui fera date, signé du biologiste Garreth Hardin, « la tragédie des biens communs » : l’auteur affirme que la propriété collective conduit à la destruction écologique, et qu’il vaut donc mieux privatiser la terre. « C’est un argument en faveur des programmes d’aide au développement en Afrique et de la privatisation des terres », explique Grégory Quenet. Aujourd’hui encore, les tenants du libéralisme affirment « l’absence de soutenabilité » de la Zad, qu’ils expliquent par « les étranges conceptions économiques des zadistes, qui ont posé le principe du “prix libre” en opposition explicite aux lois du marché ».
En réalité, « la propriété collective est plus rigoureuse, plus encadrée que la propriété privée », selon Quenet. Mais les pratiques antérieures ont tout de même été occultées, au profit de celles « qu’une politique d’exploitation, coloniale, voulait imposer à l’ensemble du monde », selon Étienne Le Roy, qui fait le parallèle avec ce qui se passe à la Zad. « Le type de problématiques qu’on peut analyser de manière historique avec les sociétés africaines, vous en retrouvez toutes les applications à Notre-Dame-des-Landes : le ministère de l’Intérieur qui se prétend détenteur d’une connaissance et d’une compétence au titre de principes juridiques incontestables dans sa perspective, mais qui ignorent, récusent, voire cherchent à détruire les réponses qu’un certain nombre d’acteurs avaient inventées durant ces quelques années d’expériences selon une logique de communs. »
Dimanche 15 avril, sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.
« Une sorte de colonisation intérieure », enchérit Grégory Quenet, qui serait menée au nom de « l’État de droit ». Mais, qu’est-ce qui se cache derrière cette formule copieusement répétée par le gouvernement et ses représentants ? Dans un article du Monde diplomatique daté de mars 2016, l’économiste et philosophe Frédéric Lordon écrivait justement : « Il n’est pas une Constitution qui ne dissimule dans ses replis une idée très arrêtée de la société qu’elle organise. […] Le talisman caché de nos républiques successives, c’est le droit des propriétaires des moyens de production. »

« Ce qui est en jeu derrière ces péripéties, c’est la réinvention des communs »

La propriété privée ne s’est effectivement généralisée en France qu’à la fin du XVIIIe siècle, après la Révolution. « Il s’agissait de remplacer les droits seigneuriaux », explique Grégory Quenet. Mais pas seulement : pour Étienne Le Roy, la propriété privée est avant tout liée à l’invention du marché généralisé, c’est-à-dire du capitalisme : « Elle est la condition même de l’échange sur le marché : si on n’en est pas propriétaire, on ne peut pas disposer d’un bien. Les sociétés d’avant le capitalisme n’avaient pas besoin de régimes de propriété privée. La terre, en particulier, était hors commerce, elle ne pouvait pas être échangée. »
Et si c’était tout cela, finalement, que la Zad remettait en cause, et qui lui valait une si forte réaction de l’État ? « Ici, la question n’est pas de savoir à qui appartiennent juridiquement ces lieux, mais qu’est-ce qui est en jeu comme type de souveraineté, comme système supérieur qui fonde la légitimité », dit Grégory Quenet. « Dans les sociétés africaines, tout vient du bas, de l’intérieur des groupes, nuance Étienne Le Roy. Au lieu d’avoir besoin d’une justification venant de l’extérieur et du supérieur, elle vient du groupe qui formalise son projet. C’est comme ça depuis l’origine de l’humanité. »
La Zad n’en était pas arrivée à ce degré d’« unification ». Selon Prune, qui connaît bien Notre-Dame-des-Landes, « ce n’est pas un modèle de société postrévolutionnaire, ce sont des expériences, des gens qui tâtonnent ». « À la Zad, l’idée de base était que chaque groupe d’habitants se gère en commun, à partir de la collectivisation des ressources. Cela dit, les installations se sont faites de différentes manières, donc il y a des modes d’habiter et des pratiques très différentes. »
Pour Étienne Le Roy, « ce qui est en jeu derrière ces péripéties, c’est la réinvention des communs. Pas ceux du XVIIIe siècle, mais des néo-communs, des principes d’organisation et de partage qui s’inscrivent dans la société capitaliste d’aujourd’hui, avec des exigences de solidarité ». Ou en dehors du capitalisme, comme la Zad s’y essaye depuis des années.



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Source : Baptiste Giraud pour Reporterre
Photos : © Marion Esnault/Reporterre
. chapô : sur la Zad, dimanche 15 avril.

Tous et toutes dans la rue le 19 !


SUD Culture

Dans un de nos derniers tracts parus  sur cette liste nous  mentionnions que "La lutte des cheminot.es qui s'est engagée le 3 avril, est notre lutte à tou.tes. Le Rail nous appartient et nous savons que le gouvernement ne s'attaque pas au service public du rail et aux cheminot.es par hasard. Tou.tes celles et ceux qui s'y sont attaqué.es par le passé ont fini par capituler. Si donc la forteresse imprenable tombe, c'est une route toute tracée qui s'ouvre pour le gouverne-ment et secteurs par secteurs nous y passerons tous".

L'intersyndicale cheminot.e organise  un concert de soutien 
jeudi 19 après la manifestation interprofessionnelle.
 
A partir de 18 h 20 rue de Lyon, 
à côté du dépose minute - métro Marengo SNCF
 
 
Parce que nous ne devons pas les  laisser seuls  face à ce  gouverne-ment qui avec   l'aide de la plupart des médias cherche à dresser la population contre eux.
Parce que la bataille du rail  est aussi la notre.
 
 Nous appelons le plus grand nombre à y participer. 

Le 19 toutes et tous dans la rue !
 
Retrouvons-nous nombreux intermittent.es, précaires, chômeur.ses
dès 13H30 au carrefour Arnaud-Bernard dans le cortège 
 
de la Coordination des Intermittent.es et Précaires 

Et à l'issue de la manif on continue jusqu'au concert.

dimanche 15 avril 2018

Fred TRUF a écouté la radio aujourd'hui.

Retrouvez la fabuleuse histoire des TRUF


Il apprenait, d'un Monsieur dirigeant du syndicat des petites et moyennes entreprises....
il ne voyait pas vraiment ce que c'était qu'une petite et moyenne entreprise, mais il comprenait que le Monsieur n'était pas content de la grève des cheminots.
Il disait que la grève à la SNCF faisait baisser l'activté commerciale aux abords des gares. C'est qu'il n'avait pas tord le Monsieur, et y en a beaucoup des gares en France ! pensait Fred.
Et puis poursuivait le Monsieur, la grève, ca empêche les travailleurs d'aller travailler, ca empêche les touristes de voyager etc,

Il n'avait pas tord !
Puis, le Monsieur l'a quand même rassuré quand il a dit que dans son secteur des petites et moyennes entreprises, "on essaie de s'arranger humainement les uns les autres".

Il parlait du travail non fait par les employés qui pouvait être reporté quand le client était compréhensif. Sinon, le client allait voir ailleurs et c'en était fini du contrat, ca faisait encore baisser l'activité ! Fred comprenait que la grève de la SNCF, c'était terrible pour l'activité et pour l'emploi !

Après avoir entendu l'interview, Fred était tout contre les manifestations qui finalement nous font perdre notre emploi.

Il passa très vite sur l'onformation suivante concernant Notre Dame des Landes où ce matin encore des affrontements opposaient des manifestants armés aux forces de l'ordre.

Il passait très vite sur cette information parce que la veille le premier ministre avec le ministre de l'intérieur avaient annoncé qu'à Notre Dame des Landes, tout était était fini.

Plus de destruction, plus d'arrestations...
Du coup, il se demandait si c'était bien vrai qu'il y avait eu des affrontements aujourd'hui...et de toute façon, c'était de la faute des Zadistes s'il y avait eu des affrontements ! Z"avaient qu'à se déclarer comme le demandait le Ministre ! Des fois il faut obéir, on n'est pas que dans un état de droit, pensait Fred ! Il avait entendu cette expression qu'il amait bien.

Puis il zappa sur la prochaine annonce qui retenu son attention : C'était la Guerre !
Encore un Monsieur, un autre, expliquait que la preuve était faite par les américains qu'il y avait eu utilsation de Chlore et de gaz sarin dans une attaque chimique en Syrie.
Fred se mit à penser alors nostalgique au tuyau en acier rouillé qui passait jadis au dessus de la route d'Espagne quand il allait à Toulouse. Ce tuyau transportait du gaz sarin fabriqué non loin de la par la "cartoucherie" de Toulouse, à coté d'AZF. Il pensait alors nostalgique aux centaines de personnes qui travaillaient là autrefois...Ce gaz  était connu également sous le nom de gaz moutarde. Il le tenait de son grand père qui l'avait utilisé lor de la Grande Guerre en 1914.

Fred pensait finalement qu'il préférait la guerre aux manifs qui sont elles destructrices d'emploi.

Alors, ravi d'avoir appris quelque chose aujourd'hui, il éteind sa radio.


Les TRUF sont décidément une bien belle famille ! 


Lire aussi :

Les TRUF vendent leur maison pour payer leur facture


 

samedi 14 avril 2018

Calendrier lunaire Avril 2018



La ZAD et la guerre civile mondiale


9 avril 2018 / Hervé Kempf (Reporterre)

L’offensive du gouvernement contre la Zad vise à détruire la possibilité de vies alternatives. Et s’inscrit dans une tendance mondiale des classes dirigeantes néo-libérales à imposer un pouvoir fort.
2.500 gendarmes mobiles, des véhicules blindés, des hélicoptères, des camions, des bétaillères... ainsi que quelques centaines de CRS à Nantes et à Rennes, pour couvrir l’arrière... la France sera lundi 9 avril en guerre. Contre qui ? Contre quelques deux cents personnes, vivant dans un paysage de bocage où ils font du pain, de la bière, du maraîchage, et bricolent, discutent, lisent, vont et viennent. L’appareil militaire de la France, qui intervient au Mali, en Syrie, en Irak - sans que le Parlement en débatte, contrairement à ce que prescrit l’article 35 de la Constitution -, s’apprête donc à se déployer sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.
On sait la logique apparente de cette opération que tout être sensé considérerait comme la manifestation la plus aigüe d’un grand délire : après avoir cédé devant une lutte populaire en abandonnant le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement veut signifier sa force en expulsant des « occupants illégaux ». Il méprise les procédures qui encadrent rigoureusement la procédure d’expulsion, il rejette sans discussion la proposition de gestion collective de terres entretenues depuis dix ans par ces occupants, et il n’a pas le moindre projet concret d’utilisation de cette zone à l’écologie unique et préservée précisément grâce à celles et ceux que MM. Macron, Philippe, Collomb et Hulot veulent chasser.
Ce brillant quatuor pourra ainsi, grâce aux images et aux commentaires complaisamment relayés par les médias de MM. Niel, Drahi, Bolloré, Dassault, Lagardère, Bouygues, et tutti quanti, montrer à l’opinion ce que signifie « l’ordre » et indiquer aux divers mouvements sociaux qui bouillonnent dans le pays ce à quoi ils peuvent s’attendre.

Ce qu’ont pour mission d’abattre les 2.500 robocops, c’est la possibilité de vivre autrement

Mais ce n’est pas ce seul effet politique que cherchent M. Macron et ses sbires. La disproportion des moyens employés indique que ce que qui se vit à la Zad menace l’ordre néo-libéral dont ils sont les chantres brutaux : la possibilité d’exister autrement, de chercher la coopération plutôt que la compétition, de s’organiser sans hiérarchie entre les êtres, de régler les conflits sans police ni justice, de partager le commun en harmonie avec ce qu’on appelle la nature, de subsister sobrement, de sortir de l’assujettissement de l’argent... Y arrive-t-on sur la Zad ? On ne peut le dire. Mais on essaye vraiment, et de nombreux faits attestent qu’il y a bien là une magnifique alternative, une fenêtre ouverte dans le mur asphyxiant du capitalisme. Ce qu’ont pour mission d’abattre les 2.500 robocops envoyés par le président banquier, c’est la possibilité de vivre autrement.
Il faut aller encore plus loin. Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes s’inscrit dans une guerre générale menée par l’oligarchie contre les peuples. L’actualité la plus immédiate vient de nous montrer comment le porte-parole des pauvres du Brésil, Lula, a été emprisonné au terme d’une ahurissante procédure, ou comment l’État israélien tue des manifestants et des journalistes dans la bande de Gaza. Ce ne sont que les derniers éclats d’une vague mondiale continue d’autoritarisme de la part des classes dirigeantes. Presque toute l’Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine, Pérou, Guatemala,...) est passée sous la coupe de régimes durs qui appliquent la recette néo-libérale. En Chine, le président Xi Jinping a récemment renforcé son pouvoir. En Russie, Poutine règne en étouffant toute opposition. Aux Etats-Unis, Trump poursuit sa politique de dérégulation financière et environnementale sans contre-pouvoir réel. En Egypte, aux Philippines, en Pologne, en Inde, dans des dizaines de pays, on retrouve cette combinaison d’un pouvoir fort, défendant les intérêts de l’oligarchie, et détruisant l’environnement au nom de la croissance. De plus en plus, l’Europe évolue vers ce nouveau modèle d’oligarchie autoritaire. C’est en fait une guerre civile mondiale qui se déroule, une guerre que mènent les classes dirigeantes contre des peuples hébétés par la mondialisation, et contre les fractions qui parviennent encore à s’opposer à la stratégie du choc suivie par les capitalistes.

80 tonnes de CO2 par an : les vrais criminels

Un chiffre indique l’enjeu de ce qui n’est pas seulement une lutte sociale, mais bien une guerre à propos de l’avenir de l’humanité sur une planète en proie à une crise écologique historique : les membres du groupe des 1 % les plus riches du globe émettent en moyenne chaque année 80 t de CO2, soit neuf fois plus que la moyenne de la population mondiale (6,2 t). Autrement dit, les plus riches sont les plus pollueurs. Et vue la gravité du changement climatique et de ses impacts prévisibles, on peut dire que ces émetteurs de 80 t de CO2 par an sont véritablement des criminels.
Ce que promeuvent les oligarchies, c’est la possibilité de maintenir un système où elles nuisent à l’intérêt général. Car le coeur de l’intérêt général, en ce début du XXIe siècle, est la question écologique, dont l’issue commande les conditions d’existence de l’humanité. Il est presque ironique que leur attaque du moment vise un lieu où précisément on cherche à trouver des voies pour — entre autres — vivre d’une façon qui n’altère pas le climat.
Voilà pourquoi MM. Macron, Philippe, Collomb et Hulot, qui préservent les intérêts des membres des 80 tonnes par an, sont eux aussi criminels, et voilà pourquoi il faut défendre la Zad.

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A propos des "Squats" de la ZAD...

Je suis surprise d'entendre les journalistes professionnels, comme ceux de France Inter, parler de "squats", quand ils évoquent l'opération de destruction des lieux de vie - maisons, cabanes ou bâtiments agricoles- menée par les gendarmes et CRS sur la ZAD de Notre Dame des Landes. Qu'est-ce qu'un squat? D'après le Larousse, "squatter" désigne le fait d'"occuper un logement vide sans droit ni titre". Un "squat" ne peut en aucun cas désigner une construction réalisée par celui qui l'occupe pour vivre ou s'abriter. Les habitants de la ZAD ne peuvent donc "squatter" les habitats qu'ils ont eux-mêmes construits! Quant au terrain sur lequel ces habitats ou bâtiments agricoles se sont implantés, ils appartiennent à l'État, lequel, pour légitimer son action de "déconstruction" - bel euphémisme- invoque, par la voix de sa préfète, le fait que ces "constructions" n'ont pas obtenu de permis de construire! Et là, je ne peux m'empêcher de penser à toutes les belles et grande villas construites sans permis de construire sur le littoral de la Méditerranée, sans que l'État s'en émeuve. Y-aurait-il deux poids, deux mesures ?

Marie Monique Robin réalisatrice

L'Empereur contre les chomeurs


Le Mix de la Parisienne Libérée : «L'Empereur contre les chômeurs» from la parisienne liberee on Vimeo.

TARNAC ET L'ETAT NUCLEAIRE

mercredi 11 avril 2018

Services publics, droits de l'enfant: le Défenseur des droits toujours plus sollicité en 2017

AFP, publié le mercredi 11 avril 2018

Difficultés dans les relations avec les services publics, défense des droits de l'enfant: en 2017, les saisines du Défenseur des droits, dont les missions se sont étendues à la protection des lanceurs d'alerte, ont augmenté, selon un rapport publié mercredi.
Avec plus de 140.000 demandes d'intervention, près de 94.000 dossiers de réclamations et quelque 51.000 appels aux plateformes de conseil, les réclamations auprès du Défenseur des droits Jacques Toubon ont connu une hausse de 7,8% en un an, et de 17,3% depuis 2015, selon le rapport dont l'AFP a obtenu copie.
"Replis identitaires, relégations sociales, culturelles et économiques, des discriminations (qui) continuent": les maux de la société sont nombreux, a souligné mercredi matin Jacques Toubon au micro de France Inter.
"Le pays souffre d'un retrait des services publics", a-t-il estimé, relevant que "l'accès au droit semble plus difficile, plus complexe et plus rare" dans certaines régions.
La dématérialisation des documents et l'usage devenu indispensable d'internet pour les démarches administratives, ne sont pas suffisants pour pallier la fermeture des services. Ainsi, le Défenseur des droits s'alarme dans son rapport de la "marginalisation probable des personnes les plus vulnérables touchées par la +fracture numérique+".
Les relations entre usagers et services publics concernent différentes institutions: les CAF (Caisses d'allocation familiale), CPAM (Caisses primaires d'assurance maladie), Pôle Emploi, RSI (Sécurité sociale des indépendants) ou encore l'Urssaf, indique le rapport d'activités de cette institution indépendante de l'Etat, créée en 2011.
"A l'heure du digital et du numérique, nombre de nos concitoyens sont +perdus+ dans leurs démarches", témoigne dans le document Bernard Luminet, un des délégués rattachés au Défenseur des droits, décrivant "la naissance d'incompréhensions, différends et conflits" qui peuvent en découler.
Accès à l'éducation scolaire, à la cantine, aux soins, violences... Près de 2.960 dossiers ont par ailleurs concerné la défense des droits de l'enfant, contre 2.600 en 2016, soit une hausse de plus de 13% en un an.
"Plus de 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (dont) 3 millions d'enfants", a rappelé mercredi matin Jacques Toubon.
Enfin, pour la première fois depuis la loi du 9 décembre 2016, le Défenseur des droits est chargé de "l'orientation et la protection des lanceurs d'alerte" soit toute personne, qui de façon désintéressée dénonce un "crime, délit, violation grave et manifeste de la loi, une menace ou un préjudice grave pour l'intérêt général". Au total, 71 saisines, concernant aussi bien le secteur public que des entreprises privées, ont concerné des lanceurs d'alerte en 2017, selon le rapport.